Les PHÉNOMÈNES

Jeudi 8 février 2007

À fleur d’enfance

 

 

 

Une larme d'étoile

 

Une larme sourire

 

Sur ton visage enfin

 

Éclate en souvenirs.

 

Et dans mes bras ouverts

 

Tu viens te réfugier

 

Comme une épave triste

 

Sur un visage calme.

 

Ton sourire sensas,

 

Ton sourire de rêve

 

Doucement me caresse

 

Et doucement me berce.

 

Dans mon cœur, dans mes yeux

 

Éternullement dansent

 

Ton visage sensas,

 

Tes larmes, tes sourires.

 

          **********

 

 

 

Les enfants-fleurs.

 

 

 

Le feu faisait baver des coulées de chaleur

 

Mielleuses et nues dégoulinant à terre.

 

Le calme lit jardin se paraît de deux fleurs

 

Que les rayons solaires nimbaient d'un clair mystère.

 


Deux enfants sur le lit, roses comme des roses,

 

Fraîches comme un bouquet, exhalent des parfums.

 

Elles sont dévêtues et doucement déposent

 

Des baisers en boutons sur leurs longs cheveux bruns.

 

 

 

Leurs pieds enchevêtrés sont racines en tresses

 

Et leurs jambes de tige et leurs cuisses rameaux

 

Supportent comme un fruit leurs fesses à caresses

 

Où s'étalent douceur et pâleur des pavots.

 

 

 

Une toison de mousse au pied de ses corps souples

 

Réchauffe le foyer des nectars enivrants.

 

Leurs bras frêles et longs suavement s'accouplent

 

Réunissant leurs seins en grappes, nus au vent.

 

 

 

Et leurs visages-fleurs aux couleurs de l'opale

 

En un baiser d'amour se mélangent leur sève.

 

Par l'étreinte soudée leurs lèvres de pétale

 

Éclosent en sourire et se baisent sans trêve.

 

                        **********

 

 

 

                 L'enfant à la plage.

 

 

 

Les mauvâtres rayons de la glaciale lune

 

Allumaient les yeux noirs d'un enfant sur la dune.

 

Je me promenais seul et triste sur le sable

 

Quand, nimbé de clarté, je le vis tel un diable.

 


Ses cheveux d'ombre au vent, il contemplait la mer.

 

Je vis ses sombres yeux et son regard amer.

 

Je contemplais longtemps sa silhouette fine,

 

Frémissant sous le vent chargé d'odeurs marines.

 

 

 

Ses mains plantées au sol, il observait le vide

 

Avec, au coin des lèvres, un dur sourire acide.

 

Je l'aimais, pour l'instant et pour l'éternité.

 

Je l'aime éperdument, pour sa naïveté.

 

 

 

Je suis amoureux fou des farouches enfants

 

Qui regardent le ciel, la mer, le feu dansant.

 

Je me retrouve en eux ainsi qu'en un miroir :

 

Ils sont "moi", je suis "eux", perdus au fond du soir.

 

                            **********

 

 

 

                      Premier regret

 

 

 

Et te voilà partie

 

Déjà et pour toujours

 

Je croyais infini

 

Notre soupçon d'amour

 

 

 

Je garde ton sourire

 

Et ta main soulevée

 

Qui paraissait me dire

 

«  C'était bien de s'aimer ! »

 


Je garde ton regard

 

Et l'éclat de ton rire

 

L'éclat de tes yeux noirs

 

De joie ou de plaisir

 

 

 

Je ne te verrai plus

 

Tu te transformeras...

 

Et... nouvelle inconnue

 

Tu me reséduiras

 

                                        **********

 

 

 

                                                                   Le soir du 9

 

 

 

Dans un petit salon, je m'étais isolé

 

Pour goûter le silence et pour me reposer.

 

À demi allongé, je lisais, je rêvais,

 

Distrait par mes pensées... Ou bien je t'attendais ?

 

 

 

La porte, lentement, sur ses gonds a tourné.

 

Furtive et silencieuse une ombre s'est glissée.

 

Sur le rebord du lit tu es venue t'asseoir

 

Sans un mot, sans un souffle, ombre douce du soir.

 

 

 

Et ta tête alourdie des bruits de la maison,

 

Sur moi s'est reposée. Le silence profond

 

Laisse dans mes cheveux frissonner le murmure

 

De ta respiration. J'achève ma lecture,

 


T'accueillant simplement en creusant mon épaule.

 

Et tu poses ta main sur ma main qui te frôle.

 

Je sens tes doigts d'enfant envelopper mon poing,

 

Dans ma paume filtrant par le moindre recoin.

 

 

 

Ainsi emprisonné sous la grille légère,

 

Je savoure le feu de ma jolie geôlière :

 

La chaleur de tes doigts qui, comme des mitaines,

 

Emmitouflent mes mains de ta douceur de laine.

 

                                **********

 

 

 

    Balance-soir.

 

 

 

Des cheveux blonds

 

Des cheveux bruns

 

Le soleil fond

 

Dans le lointain

 

Et tout en haut

 

Et tout en bas

 

 

 

Deux grands sourires

 

Qui se font face

 

Et puis les rires

 

Prennent la place

 

Et tout en haut

 

Et tout en bas

 


Les mains serrées

 

Sur le cordage

 

La joie chantée

 

Par les visages

 

Et tout en haut

 

Et tout en bas

 

 

 

Les corps ondulent

 

Dans l'ombre tiède

 

Vont et reculent

 

Souples et raides

 

Et tout en haut

 

Et tout en bas

 

 

 

Je vous élance

 

Toutes les deux

 

Je vous balance

 

Je suis heureux

 

Et tout en haut

 

Et tout en bas

 

 

 

Le soleil doux

 

Vous éclabousse

 

Teintant de roux

 

Vos deux frimousses

 

Et tout en haut

 

Et tout en bas   

 

      **********

 

Regret.

 

 

 

Un regard souriant, une main relevée.

 

Un visage parlant, une main arrêtée,

 

Le geste interrompu. Les lèvres entrouvertes

 

Et les doigts suspendus, et la main comme offerte.

 

 

 

Tu ne pouvais parler de tes lèvres émues

 

Mais tes yeux me disaient des choses inconnues :

 

Des adieux sans regrets, sans espoirs, mais remplis

 

Des souvenirs soyeux qui sont en nous, blottis.

 

 

 

Ce sourire dessiné sur ton visage, enfant,

 

Avait la volupté d'un rêve caressant.

 

Ce regard consolant disait, mélancolique :

 

 

 

«  Garde en toi la saveur, le parfum, la musique

 

Des jours passés ensemble, et goûtes-en la vie.

 

Et puis, ne sois pas triste, et puis...» Tu es partie.

 

                  **********

 

 

 

Aujourd'hui je t'ai vue, enfant de ma mémoire,

 

Je t'ai revue enfin ! ( Comment le puis-je croire ? )

 

Depuis longtemps déjà tu t'étais éloignée

 

Et je n'espérais plus. Au bord de ma pensée

 


Je te gardais encore une place soyeuse

 

Où je venais passer, parfois, une heure heureuse

 

Auprès de toi. Pourtant, je te savais partie.

 

Je m'étais résigné à feutrer ma folie.

 

 

 

Enfant de mon espoir, je t'ai enfin revue.

 

J'ai regardé tes yeux et tu m'as reconnu.

 

J'ai écouté ta voix et tu m'as entendu.

 

 

 

Il a suffit d'un regard complice et confiant

 

D'une pression de main, d'un baiser souriant

 

Pour que je te retrouve, émouvante et... enfant !

 

                                      **********

 

 

 

Je suis venu m'asseoir, encore, à cet endroit,

 

Pour regarder la mer et pour penser à toi :

 

La plage vierge et nue pour ta peau fauve-écrue,

 

Pour tes longs cheveux d'ombre, un bouquet d'algue crue.

 

 

 

Ta silhouette fine ? Un rocher façonné

 

Par les remous sableux d'un tourbillon bleuté.

 

Ta voix ? Un clapotis, un immense silence

 

Parfois, mais aussi des longs souffles de violence.

 

 

 

Et tes regards ? Les mille creux d'eau, clairs et purs,

 

Qui luisent sous le ciel de nuit, tendres ou durs,

 

Les mille reflets noirs d'une marée d'orage.

 

 

 

Mais ta simple présence, au creux d'un paysage,

 

C'est un grand soleil blanc d'une folle douceur

 

Qui me prend et me noie, et caresse mon cœur.

 

                         **********

 


Nous serions venus là, tous les deux ce matin,

 

Pour regarder la mer : son reflet argentin

 

Quand les nuages lourds occultent la lumière,

 

Sa transparence bleue, sa mouvance légère

 

 

 

Quand le soleil s'accroche aux confins du ciel gris.

 

Au bord de ce creux d'eau, nous nous serions assis,

 

Nous aurions écouté les caresses vivantes,

 

Le léger clapotis des vagues chuchotantes.

 

 

 

Et, nos pieds nus baignant, nous aurions bavardé :

 

Tu m'aurais raconté tes amours, expliqué

 

Tes projets, tes joies et tes tourments. Ta voix pure

 

 

 

Aurait résonné dans ce long couloir rocheux

 

Et sonné comme un chant secret et mélodieux,

 

Comme un souffle d'espoir, un intime murmure.

 

                             **********

 

                         Portrait

 

 

 

Sur ma page oubliée

 

Que vais-je raconter ?

 

Comment remplir ce vide ?

 

Oh ! Toi. Toi, pourquoi

 

N'es-tu pas là ?

 

Ton regard de lumière

 

Suis ma plume

 

Et sa danse légère.

 

Ton sourire en poussière

 

Déchire mes émotions.

 

Quelques traits d'encre :

 

Une ombre sous tes yeux,

 

À l'aile de ton nez, sur ta joue.

 

Est-ce un sourire ironique

 

Qui méprise ce que j'écris ?

 

Est-ce un sourire lointain

 

Mystérieux de vie et de mort,

 

Un sourire d'existence ?

 

Est-ce un sourire offert ?

 

Une caresse écrite

 

Sur ton visage d'ombre ?

 

Qu'importe : c'est ton sourire.

 

Et il harcèle mon désir.

 

                  **********

 

Sonnet du chemin I

 

 

 

Je suis revenu là où nous avions vécu.

 

J'ai retrouvé la grange et le grand pré derrière,

 

Par Thierry Prellier
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Jeudi 8 février 2007

    À Fleur d’amour

 

 

 

                 Tes cheveux

 

 

 

Sur l'oreiller profond, une flaque s'étire

 

   En ruisseaux effilés :

 

Tes cheveux, comme un voile effondré de plaisir,

 

   S'étalent humiliés.

 

On dirait un bouquet d'algues longues et fines

 

   Échoué sur la plage.

 

Larmoyante cascade, ils jouent et dégoulinent,

 

   Glissant sur ton visage.

 

Quand tu poses ton front sur mon ventre mouvant,

 

   Ils tissent pour mon corps

 

Un vêtement soyeux, confortable et vivant

 

   Qui me berce et me mord.

 

Ta chevelure épaisse imite la grand’ voile

 

   Qui se gonfle de l'ombre :

 

Elle flotte dans l'air comme la fine toile

 

   D'une oriflamme sombre.

 

Ou bien, large crinière, elle s'écoule émue

 

   Sur ton échine douce

 

Épousant la rondeur de tes épaules nues

 

   Et cernant ta frimousse.

 

Tes longs cheveux, chantant de mille crissements

 

   Subtils et silencieux,

 

Transportent des senteurs de santal et d'encens,

 

   Des parfums mielleux.

 

Ils s'allument, au soir, des longs reflets du ciel

 

   Rougeoyant et blessé

 

Où le soleil s'oublie dans des étangs vermeils,

 

   Gluants. Ensanglantés.

 

                             **********

 


                          Tes seins.

 

 

 

Paradis de rondeurs, de courbes et de sphères,

 

Îlots tendres et doux dans l’opale océan

 

De ton corps agité d’un immense ouragan,

 

Confortables vaisseaux pleins d’un triste mystère.

 

 

 

Jolis seins effrontés, toujours cambrés et fermes

 

Comme une onde figée sur un lac assoupi,

 

Comme un astre extasié dans le ciel infini,

 

Ils livrent les secrets que ton esprit enferme.

 

 

 

Quand mes doigts, tendrement, caressent leur souplesse,

 

Quand mes paumes creusées recueillent, comme une eau,

 

Cette chair arrondie gonflant ta douce peau

 

Pareille à la grand’voile regorgeante d’ivresse.

 

 

 

Mes mains enveloppant tes deux seins insolents,

 

Idéal vêtement protégeant leur chaleur,

 

Je voyage affalé dans un flot de bonheur,

 

Un univers lacté. Je redeviens enfant...

 

                             **********

 

 

 

                    Ta langue.

 

 

 

De ce volcan profond, de cette plaie béante,

 

De ta bouche éruptive, une lave brûlante :

 

Ta langue qui jaillit, s'écoule sur mes lèvres

 

Portant une chaleur comme une lourde fièvre.

 


Frétillante dans l'air, elle semble une fleur

 

Agitée par le vent et contient la douceur

 

D'un rayon de soleil. Comme une longue flamme,

 

Fragile, agile et souple, elle plie et se pâme.

 

 

 

Elle a les mille odeurs d'une source d'eau fraîche ;

 

Elle sait être douce, elle sait être rêche.

 

Elle chante parfois une chanson rêvée,

 

Elle est rose et nacrée, et acide et sucrée.

 

 

 

Durant de longs moments, elle reste secrète,

 

Puis jaillit comme un diable hors de cette cachette

 

Que protègent ses dents, grille douce d'ivoire,

 

Et se moque de tout, narquoise dans le noir.

 

 

 

Parfois, se faisant tendre, elle va s'écoulant,

 

Pénètre entre mes dents comme un frais océan.

 

Elle est un long pinceau dessinant sur mes joues ;

 

Et, caressant ma langue, gentiment elle joue.

 

                             **********

 

           Voyage au centre de ton corps.

 

 

 

Dans le paisible lac de ton corps qui s'étire,

 

Vertigineusement, un tourbillon m'attire.

 

C'est un gouffre profond, une blessure ouverte,

 

Un tiroir à secret où la vie est offerte.

 

 

 

C'est une jolie flamme, assoupie de tendresse

 

Qui s'éveille à mon souffle et brûle à mes caresses.

 

Comme à un frais goulot, mes lèvres s'y appliquent,

 

Aspirant la liqueur enivrante et magique.

 


Sous un sombre guéret d'arbres tordus et noirs,

 

C'est une source fraîche éclaboussant le soir,

 

Un puit d'ombre où l'on va pour se désaltérer,

 

Un volcan extatique où le feu vient baver.

 

 

 

C'est un œil allumé d'un regard vide et froid,

 

Une bouche qui hurle un muet cri d'effroi.

 

C'est un nid où l'on cherche à se blottir en rond,

 

Un doux cocon soyeux, un lit souple et sans fond.

 

 

 

C'est le moins compliqué de tous les labyrinthes,

 

On s'y perd, cependant, sans l'ombre d'une crainte.

 

Au matin de ma mort j'irai me replonger

 

Dans ce tranquille étang qui saura me noyer.

 

                             **********

 

                          Tes fesses.

 

 

 

Je contemple souvent tes deux petites fesses

 

Nues sous la lune bleue. Des yeux, je les caresse.

 

Elles sont, dans la nuit, frémissantes au vent,

 

Deux gouttes de rosée sur un pétale blanc.

 

 

 

Comme de gros galets de granite rosé

 

Qu'à l'ouest de Saint-Tugen, souvent, j'ai ramassés,

 

Elles sont dépolies et douces sous la main,

 

Et gardent la fraîcheur des nuits sans lendemain.

 

 

 

Comme une longue vague, ondulantes et creuses,

 

Elles ont le profil des dunes sablonneuses.

 

Elles sentent la plage et la peau de bébé,

 

Et le musc et la chair et le savon mêlés.

 


 

 

Elles me font penser, tant on voudrait y mordre,

 

Aux pêches du jardin que nous rangions sans ordre

 

Dans le panier d'osier. Elles étaient acides

 

Et leur peau duveteuse était lisse et sans rides.

 

 

 

Fesses rondes, nacrées, fermes et molles,

 

Laiteuses et rosées, fraîches, chaudes, folles,

 

Fesses douces, ambrées, où je plonge, où je nage,

 

Vous êtes l'oreiller que creuse mon visage.

 

                             **********

 

 

 

                        Ton nid de feu.

 

 

 

Dans ton petit nid chaud, tu me berces en rêvant.

 

En rêvant je m’endors dans ce creux de ton corps.

 

Entre tes cuisses nues, un parfum pénétrant

 

M’enivre et me promène au pays de l’aurore.

 

 

 

La liqueur de ce feu, comme une lave blanche,

 

S’écoule, mielleuse, au travers de mes lèvres.

 

Et ton volcan soyeux, en éruption, épanche

 

Des ruisseaux parfumés, brûlants comme la fièvre.

 

 

 

Flamme, gouffre, je me jette à plein corps, plein ventre,

 

Dans ta chatte charmante envahie de toison.

 

C’est un chaud réconfort, c’est mon nid, c’est mon antre.

 

J’y suis près de toi, en toi... Belle déraison...

 

 

 

                             **********

 


 

 

Mon ange, tu es douce, et comme un fin vaisseau

 

Tu sillonnes gaiement mon océan cerveau.

 

Tu peuples mes pensées et illustres mes rêves,

 

Brûlant mes souvenirs et consumant ma sève.

 

 

 

Ton corps est infini comme une immense mer,

 

Il cache des secrets, entretient des mystères,

 

Et je peux m'y blottir ainsi qu'en un tombeau :

 

Confortable cocon, bercé comme dans l'eau.

 

 

 

Ta peau fragile et fine est caressante et pâle,

 

D'une couleur soyeuse, entre l'obscure opale

 

Et le lait blanc et pur, entre le ciel terni

 

Et la cendre dans l'âtre où le feu s'affaiblit.

 

 

 

Ton visage est tout simple et pourtant si joli :

 

Un doux front, le regard sombrement infini,

 

Et cependant l'œil clair comme une feuille morte

 

Sous le ciel gris bleuté. Le regard qui m'emporte,

 

 

 

Qui me parle d'amour par ses seules lumières,

 

La joue fraîche appelant les caresses légères,

 

Une bouche attendrie où naissent les sourires,

 

Éclosent les baisers et fleurissent les rires.

 

 

 

Tes mains me font penser, quand tes bracelets chantent,

 

Aux cloches ingénues qui sonnent, éclatantes.

 

Elles sont une cage où j'aimerais bien vivre,

 

Elles sont un bouquet qui, follement, m'enivre.

 

 

 


Gardant secrètement des caresses futures,

 

Elles savent pourtant, comme une eau fraîche et pure,

 

Éclater en cascade à l'orée de mon cœur,

 

Éclabousser ma joie, exploser de bonheur.

 

 

 

Tes minuscules pieds s'endorment dans mes mains,

 

Tes jambes fuselées, aux nuits sans lendemains,

 

S'ouvrent comme des becs exigeants et avides,

 

Et ta chair se remplit de ma chair qui se vide...

 

 

 

Ton corps qui, tendrement, sur mon corps s'extasie,

 

M'emmène, mystérieux, au pays infini :

 

Au pays merveilleux vallonné de tendresse,

 

À l'infini secret où je noie mon ivresse.      

 

                             **********

 

 

 

Tu te fais plage nue sous mes vagues d’étreintes,

 

Tu te fais sable chaud pour prendre mon empreinte.

 

Les dunes de tes seins, et ton ventre rivage,

 

Ont des infinis d’ambre et des recoins d’ombrage.

 

 

 

Tu te fais océan sous mes flancs de navire,

 

Tu te fais tourbillon pour qu’en toi je chavire.

 

Et je me fais tempête, éclaboussant tes hanches

 

Des vagues de mes reins, de mon écume blanche.

 

 

 

Tu te fais violon aux caresses d’archet

 

De mes doigts sur ton ventre harmonie. Tu te fais

 

Résonance, des éclisses à l’âme pure,

 

Tu soupires, tu cries, tu chantes, tu murmures.                                            

 

                             ***********

 


                                Je t’océan.

 

 

 

Le soir s’étale lentement

 

Et le soleil, déjà en sang,

 

S’effondre au bord des infinis.

 

Tu viens te glisser dans les plis

 

 

 

De mon manteau humide et froid.

 

Je vois, peu à peu, ton reflet

 

Qui se perd dans une ombre douce.

 

Pour te mouiller, tu m’éclabousses.

 

 

 

Mais, noyé d’émotion, je sens

 

Ton corps superbe pénétrant

 

Dans ma liquidité tranquille,

 

Dans ma plasticité docile.

 

 

 

Et je jouis de te caresser,

 

De t’envahir, de te frôler,

 

T’enveloppant de ma douceur,

 

Me glissant dans tes profondeurs.

 

 

 

Je jouis de tes seins blancs qui plongent

 

Par Thierry Prellier
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Jeudi 8 février 2007

          À fleur de rêve

 

 

 

Baudelaire, Rimbaud, Verlaine: tristes sires !

 

Poètes de l'angoisse, et du mal, et du pire.

 

Hargneux, méchants, toujours irrités, laids et beaux,

 

Un pied dessus la terre et le corps au caveau.

 

Vous enluminez le cauchemar de la vie

 

Avec vos vers si beaux, fruits ridés de l'ennui.

 

Marginaux, surprenants, insaisissables hères,

 

Avez même perdu le sens de la misère.

 

Et si, après cent ans, je vous connais si bien,

 

C'est que vos vies, vos morts, et votre sang, sont miens ?

 

                             **********

 


                    Désir de créer.

 

 

 

Du bout de mon pinceau, je voudrais dessiner

 

Ton visage tranquille, et j'aimerais tracer

 

Ta silhouette nue pour toujours la garder

 

Dans mon âme et mon cœur. Peut-on apprivoiser

 

Une ombre aussi fantasque, irréelle, illusoire ?

 

Saurai-je dessiner le contour de l'espoir ?

 

Connais-tu la couleur de l'idéal, du rêve ?

 

                             **********

 

 

 

Pour écrire Tendresse,

 

Pour décrire Détresse,

 

J'ai des mots et des signes,

 

J'ai ma plume et mes lignes.

 

 

 

Mais les mots ne sont rien

 

Que des mots, si le lien

 

Qui les soude aux pensées

 

N'a d'élasticité.

 

 

 

Pour écrire, il me faut :

 

Des mots joyeux, des mots joyaux,

 

Qui se tarabiscotent,

 

Se tortillent, se tricotent;

 

 

 

Des mots à inventer,

 

À dire, à transformer,

 

À lire et à délire

 

À zire et à désir,

 

Des mots multipliés,

 

Inventif, oubliés.

 


J'ai des mots et des signes,

 

J'ai ma plume et mes lignes,

 

Pour inscrire Caresses,

 

Pour écrire Tendresses.

 

             **********

 

 

 

Je veux écrire, un jour, un poème vivant.

 

Je veux délire, un soir, un poème de sang,

 

Tremper ma plume folle au cœur de mes artères,

 

Calligraphier ma vie et griffer ses mystères.

 

 

 

Je veux peindre un portrait : un visage d'enfant.

 

Je veux jaillir ma sève en un tableau vivant,

 

Plonger mon pinceau fin au creux de mes viscères,

 

Portraiturer la vie et crier mes colères.

 

 

 

Je veux signer, ce soir, un chef-d'œuvre vibrant.

 

Je veux pleurer mon cœur, je veux saigner du vent,

 

Distiller, dans mes yeux, des encres délétères,

 

Et parapher ma mort de griffes éphémères.

 

                             *********

 

    Crépuscule.

 

 

 

La lune exorbitée

 

Froidement irisée

 

D'un brasier nacarat

 

Gonfle dans un éclat

 

Comme un furoncle immense.

 

Des flammèches garance

 


 

 

S'épuisent doucement

 

Déchirées par le vent.

 

Et, de la plaie béante,

 

Écœurée et gluante,

 

Du soleil écorché

 

Suppure la coulée

 

Des caillots empoissés

 

Coagulant figés.

 

                          **********

 

 

 

                   Émotion musicale.

 

 

 

" Long, long long " Longuement languit le long sanglot

 

Des blanches, des soupirs qui roulent comme un flot.

 

Longuement le ton monte et doucement descend

 

Comme une plainte faible en un râle mourant.

 

 

 

Et puis les peaux tendues résonnent gravement

 

Comme un coup de tonnerre, en un long roulement,

 

Comme un cœur affolé dans la terrible foule,

 

Comme une cathédrale, en la nuit, qui s'écroule.

 

 

 

Puis les sanglots amers reviennent en geignant,

 

Et reviennent les chocs graves et résonnants.

 

Mais jaillissent soudain des cris : un espoir...

 

Qui craque lamentable, et grince dans le noir.

 

                             **********

 


 

 

        Ma Strato.

 

 

 

Ton corps est blanc et doux

 

Ton chant plein de tristesse.

 

Tu te pends à mon cou

 

Et mes doigts te caressent.

 

 

 

Ton manche est long et lisse,

 

Fin comme un bras d'enfant ;

 

Ma main, doucement, glisse

 

Sur ton bois en jouant.

 

 

 

Tes cordes, longs cheveux,

 

Fines et frémissantes,

 

Au moindre contact chantent.

 

Et ton corps sinueux

 

 

 

Contre mon ventre vibre.

 

Ton chant, parfois, est doux

 

Ou se change en cris fous,

 

Rugissement de tigre.

 

 

 

Ton lit est un cercueil

 

Où traînent quelques feuilles

 

Noircie de partitions :

 

Mes premières chansons.

 

                          **********

 


      La musique.

 

 

 

La musique voyage

 

Comme un fluide extatique.

 

Parfois souffle, ou mirage

 

Et douceur fantastique,

 

Parfois eau fraîche et vive,

 

Folle, rebondissante,

 

Parfois lave ou salive

 

Brûlante et enivrante.

 

Elle s’écoule émue

 

En ruisseaux parfumés

 

Comme une larme nue,

 

Ou comme la giclée

 

Stupéfiante et musquée

 

Des liqueurs amoureuses.

 

Dans ma chair étonnée,

 

Pénétrante et soyeuse,

 

La vibrante bouffée

 

Se glisse, vaporeuse,

 

Envahissant l’orée

 

De mes joies merveilleuses.

 

Et, s’il est des sons aigres,

 

Acides et tranchants,

 

Qui transpercent, pointus,

 

Mes yeux, mes mains, mes dents,

 

D’autres, gluants et graves,

 

Vibrent dans mes entrailles

 

Et caressent, suaves,

 

L’infini de mes failles.

 

                          **********

 


 

 

C'est une vieille rue, d'abord :

 

La vieille rue Saint-Roch.

 

 

 

C'est une vieille porte,

 

Un escalier usé,

 

Une grande salle.

 

 

 

C'est un piano,

 

Des vieux choristes.

 

C'est un tempo

 

Et des Forte

 

Et des Dolce.

 

 

 

C'est un peu de tristesse

 

Comme une vieille poussière,

 

Comme une vieillesse

 

Qui vous veut prisonnière.

 

 

 

C'est un grand moment,

 

Une grande passion,

 

Une grande musique.

 

 

 

C'est une petite fille,

 

Une petite femme,

 

Une folle lueur

 

Dans ma nuit intérieure.

 

 

 

C'est comme une flamme.

 

 

 

C'est ton sourire vers moi ;

 

Vers moi ton regard

 

Qui vient me dire : « ...  »

 

...Mais qu'importe...

 


 

 

C'est ce simple sourire.

 

C'est ce simple plaisir

 

Que je veux retracer

 

Sur mon cahier.

 

 

 

C'est toi, petite fille.

 

 

 

C'est toi, petite femme,

 

Folle lueur

 

Dans ma nuit intérieure.

 

                   **********

 

 

 

 

 

Les vagues, une à une, éclatent sur la dune

 

Comme d'un pauvre gosse un long sanglot amer.

 

Les flots tumultueux de la sauvage mer

 

Renvoient, miroir géant, ce froid rayon de lune.

 

                             **********

 

 

 

 

 

Dans le brouillard opaque et tremblant de la vie,

 

Dans l'angoissante horreur, dans le sombre tournis,

 

Dans ce lourd brouhaha, vrillant et pénétrant,

 

Jaillissent, clairs et frais tels des rires d'enfant,

 

      Des éclats de bonheur

 

Incendiant mon cœur.

 

            **********

 


          Soleil.

 

 

 

Le soleil ? Se relèvera-t-il ? L'horizon

 

Rougeoyant et glacé verra-t-il son œil blond ?

 

Un vent, tiède à roc fendre, éclabousse l'espoir,

 

Et la nuit resplendit, splendide dans le noir.

 

Mon cœur cherche un berceau où s'éclater un peu,

 

Mon corps s'est statufié dans un rayon poreux

 

De la lune atrophiée, et les pâles senteurs

 

De l'étoile assoupie chavirent les langueurs

 

De mon espoir terni qui s'étiole amplement

 

En grappes de grelots tintant en sanglotant.

 

                             **********

 

 

 

       Rêve.

 

 

 

L'ennui troublant,

 

L'enterrement

 

Qui doucement

 

S'en va traînant.

 

 

 

Les feuilles mortes

 

De toutes sortes

 

Que le vent porte

 

Contre ma porte.

 


 

 

Le ciel rougit.

 

Elle pâlit

 

Et se blottit

 

Dans ma folie.

 

 

 

Ce n'est qu'un rêve

 

Et il m'enlève,

 

Trouble ma sève

 

Et puis s'achève.

Par Thierry Prellier
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Jeudi 8 février 2007

À fleur de mort

 

 

 

 

 

 

 

                  La fille aux bas gris.

 

 

 

Jeune fille si fine aux lourds cheveux de cendre,

 

Que fais-tu en ce lieu ? Pourquoi viens-tu te vendre ?

 

Sur le trottoir mouillé, en ce soir sombre et froid,

 

Dans tes tristes bas gris tu frissonnes au bois.

 

 

 

Et tu te sens bien seule ainsi que chaque soir.

 

Les hommes qui viendront, fallacieux dans le noir,

 

Jouiront de ton corps, triste machine en chair,

 

Transpercée, perforée, et que plus rien n'éclaire.

 

 

 

Et chacun te méprise en son carcan honnête.

 

Pourtant, si tu te vends, c'est bien que l'on t'achète !

 

Tu es déjà fanée, toi pourtant si jolie.

 

 

 

Je te ressemble, hélas, pauvre enfant de la rue :

 

La médiocrité a mis ma pudeur à nu,

 

Et mon esprit, troué, comme ta chair meurtrie.

 

                             **********

 


      Villanelle du paradoxe.

 

 

 

Diable, viens à moi, je t'aime !

 

Paradoxes ambigus.

 

Dieu bon, viens à moi, je t'aime !

 

   Je jouis du feu et je l'aime,

 

   Je jouis des sangs chauds et crus :

 

   Diable, viens à moi, je t'aime !

 

Douceur, chaleur, je vous aime,

 

Et visages ingénus :

 

Dieu bon, viens à moi, je t'aime !

 

   Sombre cruauté je t'aime,

 

   Corps fouettés, meurtris, nus :

 

   Diable, viens à moi, je t'aime !

 

Beauté, bonté, je vous aime,

 

Chasteté, corps inconnus :

 

Dieu bon, viens à moi, je t'aime !

 

   Orgasme, extase, je vous aime,

 

   Ames ivres, corps tendus :

 

   Diable, viens à moi, je t'aime !

 

Prière du soir, je t'aime,

 

Aux crucifix suspendus :

 

Dieu bon, viens à moi, je t'aime !

 

   Cris de haine, je vous aime,

 

   Monstres cornus et poilus :

 

   Diable, viens à moi, je t'aime !

 


Je vous adore et je vous aime,

 

Ange d'ailes revêtus :

 

Dieu bon, viens à moi, je t'aime !

 

   Sabbat infernal, je t'aime,

 

   Danse des sorciers tordus,

 

   Diable, viens à moi, je t'aime !

 

Cantiques, chants, je vous aime,

 

Rites, corps mangé, sang bu :

 

Dieu bon, viens à moi, je t'aime !

 

   Sais-je seulement qui j'aime

 

   Foule d'aveugles perdus ?

 

   Diable, viens à moi, je t'aime !

 

Dieu bon, viens à moi, je t'aime !

 

                  **********

 

 

 

     Villanelle du néant.

 

 

 

Rêveries, angoisses, craintes :

 

La dans macabre est peinte.

 

Viens embrasser le néant.

 

 

 

Prends dans une longue étreinte

 

La vie. Gardes-en l'empreinte.

 

Tourne le dos au néant.

 

 

 

Mais pourquoi toutes ces feintes ?

 

... Et l'illusion s'est éteinte !

 

Viens embrasser le néant.

 


La caresse douce emprunte

 

Au baiser l'extase sainte.

 

Tourne le dos au néant.

 

 

 

Mais le doute t'a atteinte,

 

J'entends, maintenant, ta plainte.

 

Viens embrasser le néant.

 

 

 

"Carpe diem" , suce l'absinthe

 

Et que l'ivresse t'éreinte...

 

Tourne le dos au néant

 

 

 

La vie de néant s'est teinte :

 

C'est un triste labyrinthe.

 

Viens embrasser le néant.

 

Tourne le dos au néant.

 

              **********

 

 

 

Devin, les aulnes, rameur doux hardi le champagne,

 

Chapardeur fait. Voiture, chaussée rendue ma dent.

 

Gibet Sarlat Guéret, gibet Sarlat Castagne.

 

Jeux de nuit te meuver oindre et boire surmontant.

 

 

 

Cheval de trait adieux vissé saoul mais sensé,

 

En revoir le décor, dans le loir ou un puits,

 

Gueule, gros cocu, le pot couché, les seins cramés,

 

Bistre, aile four tournoi creusa Gomina fruit.

 


 

 

Chenevière et Milord surseoir gui l'ombre,

 

Millavois Limousin t'es sanglant fer graveur,

 

Méchant haricot laid, serpolet mur du sombre,

 

Un poulet découvert et du gruyère au beurre.

 

                             **********

 

 

 

Je me suis installé dans vos tristes cervelles,

 

Allumant vos pensées d'images magnifiques.

 

Enivrant, fascinant comme un rêve magique,

 

Je vous fais miroiter les choses les plus belles.

 

 

 

Que vous vous languissiez, que je vous satisfasse,

 

Je vous traîne toujours vers votre fin fatale.

 

C'est la toute ma joie, cruelle mais géniale,

 

De vous voir désirer que le temps coule et passe !

 

 

 

Vous voulez telle chose ? Et je l'offre... peut-être...

 

Contre un peu de vos vies, contre quelques instants,

 

Ou des jours et des nuits, ou de mois et des ans

 

Qu'il vous faudra attendre, et survivre sans "être".

 

 

 

Quand vous avez atteint ce que vous désiriez,

 

Quand vient enfin le jour où vous goûtez la joie,

 

Où vous goûtez l'amour qui vous brûlait les doigts,

 

Il est possible alors que vous le regrettiez !

 


Le monde était si beau quand il était rêvé !

 

La nuit était si douce, alanguie de tiédeur,

 

Quand l'imagination flânait au bord du cœur !

 

Il y a tant, du rêve à la réalité !

 

 

 

Et vous pleurez le temps perdu à désirer,

 

Les heures écoulées à vouloir être "après",

 

Les minutes gâchées, envolées à jamais

 

Que vous auriez pu vivre et vraiment savourer.

 

 

 

Et je suis là ! Toujours ! Ignoble et merveilleux,

 

Fol ou ferme, déçu, comblé, le plus souvent

 

Secret ; je suis l'Espoir qui oublie le présent,

 

L'Espoir qui fait vivre et mourir à petit feu.

 

 

 

Je me suis installé dans vos cervelles molles,

 

Allumant vos pensées d'images maléfiques,

 

Enivrant, fascinant ainsi que la musique :

 

Je vous fais miroiter les choses les plus folles.

 

                           **********

 

Et la petite fille joue

 

Doucement avec son joujou

 

Le caresse contre sa joue

 

Et lui fait des petits bisous

 

 

 

Elle le sert contre elle et danse

 

Elle le remue et le lance

 

Elle joue, aime à s'en moquer

 

Et le retrouve un jour cassé

 

                        **********

 

 

 

« Je t'aime ! » lui dit-il souvent.

 

Je t'aime et j'aime à contempler

 

Ton minois doux et charmant

 

Ma chatte dont j'aime à parler.

 

 

 

Pourquoi fuis-tu jeune chatte

 

Quand je veux t'offrir un baiser

 

T'aurais-je trop donné la patte,

 

Trop admirée et adorée?

 

              ***********

 

 

 

Je pleure, bien souvent,

 

Comme un petit enfant

 

Et je me blottis dans mon désespoir.

 

Mon cœur s'habille en noir

 

Et mes yeux laissent choir

 

Une cascade de larmes du soir.

 

Je gémis doucement

 

Et mouille lentement

 

Mes doigts agrippés au vent de l'espoir.

 

 

 

Viens me consoler, viens me retrouver,

 

Laisse moi rêver et rêver de t'aimer.

 

 

 

Je me blottis tout triste

 

Dans le calme sinistre

 

De mes souvenirs et de mes angoisses.

 

Je n'attends pas de suite,

 

Ne cherche pas de fuite.

 

Je m'englue, sciemment, dans ma propre poisse.

 

J'aperçois ton visage

 

Derrière ton image

 

Perdu dans la brume et dans une angoisse.

 

 

 

Viens me consoler, viens me retrouver,

 

Laisse moi rêver et rêver de t'aimer.

 

 

 

J'espère encore un peu

 

Te revoir, voir le feu

 

De tes yeux profonds, doux et confortables,

 

Vivre tout près de toi,

 

Vivre rien que pour toi,

 

Être pour tes pieds une mer de sable ;

 

Et entendre le chant

 

De ta voix, triste enfant,

 

T'entendre, et dormir dans l'inoubliable.

 

                    **********

 

 

 

Tout, ce soir, m'est égal : la lune et les étoiles,

 

La beauté et l'horreur, car tu es là qui voiles

 

Toute chose à mon cœur qui s'épuise d'ennui

 

Et s'étouffe d'espoir, d'angoisses et de pluie.

 

 

 

           **********

 


Au lendemain d’une soirée triste.

 

 

 

Je voudrais m’isoler

 

Et puis me reposer

 

En m’entourant de vide,

 

D’un lourd néant sans ride,

 

Sans aucune personne

 

Qui vienne et m’emprisonne.

 

Je ne veux plus me voir,

 

Me perdre dans le noir,

 

Avoir mes mains coupées

 

Et mes yeux noirs crevés,

 

Et ma langue, et mon nez,

 

Mes oreilles : supprimés.

 

Ce n’est pas du silence

 

Que je veux, mais l’absence

 

De bruit, de son, de vie.
Caresse ton ennui

 

Et recherche, et déflore

 

La sombre et triste mort.

 

          **********

 

L’ombre du souvenir.

 

 

 

Quand l’ombre, peu à peu, efface les visions

 

Où se perd mon regard et s’oublie ma raison,

 

Jetant à la volée des éclats de noirceur,

 

Elle étouffe mon monde et attise ma peur ;

 


Quand, dans mon dos, se meurt le soleil égorgé

 

Inondant l’horizon d’un flot ensanglanté,

 

Et que dans le ciel noir la dernière traînée

 

Coagule crispée comme un poignet tranché ; 

 

 

 

Quand l’océan figé sous la lune naissante

 

Ressemble à une flaque immobile et gluante,

 

Et que les longs reflets de ce miroir funèbre

 

Irradient l’infini de sinistres ténèbres ; 

 

 

 

Je suis comme un aveugle. Un vaste froid me prend

 

Et souffle dans mon âme. Alors, mon cœur comprend

 

Ce qui était obscure, ignoré, oublié.

 

La nuit sombre me crie : « Il faut te rappeler

 

 

 

Que tu as souffert, que tu vas souffrir, mourir.

 

Par Thierry Prellier
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