FANTIN

Jeudi 8 février 2007

                        PRÉFACE

 

 

 

Aux enfants de trois ans :

 

Salut petit gars ! Salut petite fille !

 

Dessine. Mets des couleurs là où la page a du blanc.

 

Fais des ronds et des fleurs, des ponts, des petits cœurs…

 

 

 

Aux enfants de cinq ans :

 

Demande à ton maître, à ta maîtresse

 

De te lire quelque chose. Tu peux jouer

 

à dire un poème de plein de façons.

 

En criant, en chuchotant, en prenant un air coquin,

 

un air fâché, un air étonné.

 

Ou en riant ! Ou en pleurant !

 

 

 

Aux enfants de sept ans :

 

Tu as le droit d’écrire sur ce livre.

 

Tu as le droit d’entourer ce qui te plait,

 

même un petit morceau au milieu d’un poème.

 

Tu as le droit de choisir, de lire ce que tu aimes.

 

Ce sont tes poèmes. C’est à toi maintenant…

 

 

 

Aux enfants de neuf ans :

 

Il y a de tout dans ce livre. Parfois c’est difficile.

 

Je le sais mais je ne te prends pas pour un bébé.

 

Tu vas mettre un poème dans ta mémoire, pour toi,

 

Pour te bercer de mots, pour offrir à quelqu’un

 

que tu aimes,

 

pour offrir à tout le monde quand tu aimes le monde.

 


 Aux enfants de onze ans :

 

Ce n’est pas parce que tu es grand que tu dois tout lire.

 

Ce n’est pas parce que tu lis que tu dois tout aimer.

 

Fais à ta guise ! Fais à ton idée !

 

Tu liras la suite plus tard, tu as toute la vie devant toi.

 

Tu peux aussi jouer à transformer les textes en les réécrivant autrement, ou les mettre en scènes de théâtre.

 

Tu peux écrire aussi

 

C’est si bon d’écrire des bons mots.

 

C’est si doux d’écrire des mots doux.

 

 

 

 

 

                                              Marie Kerguelen

 

 


 

 

 

 

 

À Fabienne Prellier

 

  Une Maîtresse d’école,

 

             Ma femme,

 

               Ma chère femme

 


Par Thierry Prellier
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Jeudi 8 février 2007

  I     POÈTES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                  Le petit poète

 

 

 

C’est le berceur des cœurs, le charmeur de serments,

 

L’admirateur béat des nuits, des firmaments.

 

C’est le collectionneur de souffles de vocables,

 

C’est le diseur de mots, c’est le marchand de fables.

 

C’est le carillonneur des grelots intérieurs,

 

C’est l’amoureux du blanc, du noir et des couleurs,

 

C’est le poétereau, l’âme anachréontique

 

Qui pindardise un peu s’il est mélancolique,

 

Mais qui rit ou qui pleure au fil de ses crayons ;

 

C’est le petit poète et ses petits rayons.

 

                        **********

 

 

              À quelques amis inconnus

 

 

Je voudrais vous offrir quelqu'une poésie

 

Qui dort bien oubliée au secret d'un recueil.

 

Je crois que vos bons cœurs y feraient bel accueil

 

Pardonnant à mes vers leur peu de fantaisie.

 

 

 

J'ai souvent l'âme noire, et le regard bistré.

 

Je parle de la mort, des rêves impossibles,

 

Des amours espérées, perdues, inaccessibles,

 

Et de l'enfance aussi dont je reste frustré.

 

 

 

Je me suis fait un monde au fil de mes poèmes,

 

Un univers peuplé de signes allusifs,

 

Un pays onirique aux refrains récursifs

 

Où je berce ma peur et mes chagrins abstèmes

 

 

 

Avec qui partager ce langage précieux ?

 

Qui s'intéresse encore à ces jeux ridicules ?

 

Qui cisèle ses mots, caresse ses virgules,

 

Et griffe des quatrains d'un crayon prétentieux ?

 

 

 

Quel fieffé nostalgique écrit des élégies,

 

Des odes, des sonnets, aux temps du libre vers ?

 

Un nigaud même pas provoquant ! D'un revers

 

De la main, l'éditeur le voue aux gémonies.

 

  

 

Le rimailleur, toujours, apparaît bien suspect.

 

Un froid rictus l'englue d'âpre sollicitude.

 

Mais le sentiment noir de sa vraie solitude

 

Sera, ou bien sa lie, ou bien son petit lait.

 

 

 

Malgré quelques gros mots, quelques jeux de paroles,

 

Malgré mon goût pervers pour d'abstrus substantifs,

 

Je me plais à conter ; mes cris sont narratifs

 

Et ils tournoient toujours près de vos âmes folles.

 

 

 

Cela ne se fait plus, de parler simplement

 

De sa vie, de sa peur de son rêve improbable ;

 

Rien n'est plus désuet que d'être déchiffrable.

 

Le vers est dans le fruit, la fleur du mal nous ment.

 

 

 

Tant pis ! J'écris encore en formes surannées.

 

Le lecteur imbécile, inculte et provincial

 

Comprendra mon propos sans un guide spécial

 

Expliquant les concepts, les cryptiques données.

 

 

 

Mais c'est à vous, surtout, vieux amis inconnus,

 

Que j'aurais bien aimé faire lire quelques pages.

 

De loin et de longtemps, je vous offre l'hommage

 

De mon cœur déchiré à vos cœurs prévenus.

 

                        **********

 

 

   Le rocher du poète

 

 

 

Juché sur un rocher

 

Ainsi qu’un vrai poète

 

J’espère la tempête

 

Qui saura me coucher.

 

 

 

Mon encre va sécher

 

Au suroît qui me fouette

 

Et les cris d’une mouette

 

M’empêchent de chercher.

 

 

 

Tout semble m’empêcher

 

D’écrire ma sornette.

 

« Ne joue pas le poète

 

Et va donc te cacher ! »

 

 

 

Sur mon rocher, juché,

 

Je songe au vieux poète

 

Inspiré. Je m’entête

 

Sur un vers ébréché.

 

 

 

J’ai l’air fou, éméché.

 

Un gosse, une fillette

 

M’aperçoit et s’inquiète,

 

S’apprête à me prêcher.

 

  

 

« Allez ! va-t-en pêcher

 

Plus loin à la crevette.

 

Moi je fais le poète

 

Et je vais me fâcher ! »

 

 

 

Je connais le cliché :

 

L’inspiré, l’âme en fête,

 

Qui, sur l’estran, répète

 

Un sonnet amoché.

 

 

 

Eh bien ! (juré, craché)

 

Là, c’est moi le poète.

 

Suffit que je me mette

 

Là-haut, sur mon rocher.

 

 

 

Oh ! Combien je m’embête

 

Ainsi à remâcher

 

Mes mots. Mais, mon péché,

 

C’est de jouer au poète !

 

                        **********

 


     Mon petit cahier

 

 

 

Je saisis mon cahier.

 

J'ai des choses à dire.

 

Je lisse le papier,

 

Je m'apprête à écrire.

 

 

 

Je crois sentir, bien sûr,

 

Le fond de ma pensée.

 

J'ai l'esprit clair et pur,

 

J'ai l'âme bien sensée.

 

 

 

Et pourtant, sans savoir

 

vraiment ce qui se passe,

 

Mes mots me laissent voir

 

Comme un nouvel espace.

 

 

 

Mon poème fini,

 

J'ai parlé d'autre chose.

 

Je m'étais défini

 

Pourtant si bien ma cause !

 

 

 

Mais, écrire c'est ça.

 

On s'emporte. On se laisse

 

Divaguer ça et là

 

Au gré de sa faiblesse.

 

 

 

Et l'on est ébahi,

 

Le cœur en feu, en cendre,

 

D'avoir si peu choisi,

 

De s'être laissé prendre.

 

                        **********

 


Par Thierry Prellier
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Jeudi 8 février 2007

II    NEIGES, NOËLS ET FÊTES

 

 

 

     L’amie de Noël

 

 

Les grelots du sapin

 

Grelottent leur refrain.

 

Les étoiles, les anges

 

Et les rondes oranges

 

Cloutées (quelle senteur !)

 

De girofle, et les cœurs

 

Détourés, les chandelles,

 

Les flocons en dentelles,

 

Toute la profusion

 

De la décoration…

 

C’est l’hiver. C’est Noël.

 

Le soir est éternel,

 

Mais le cœur en alarme,

 

L’œil mouillé d’une larme,

 

Je pense à mon amie

 

Qui est là-bas, partie

 

Pour des pays lointains

 

Sans espoir de demains,

 

Qui fait un long voyage.

 

Alors, comme une image,

 

J’écoute le sapin

 

Qui grelotte sans fin

 

Et où tintinnabulent

 

Son rire dans des bulles.

 

                        **********

 

     Sourire d’enfant

 

 

Le petit lutin

 

De l’année nouvelle

 

Est là ce matin

 

Qui crie et t’appelle.

 

 

 

« Enfant ! Fais des vœux

 

Car l’année commence.

 

Choisis qui tu veux,

 

Offre l’espérance ! »

 

 

 

Le petit garçon,

 

Ou la demoiselle,

 

Fait un tourbillon,

 

Léger, comme une aile.

 

 

 

 « Bonne année à tous,

 

Et bonne santé.

 

Je viens souhaiter

 

Une vie très douce,

 

 

 

Des amis, des fleurs,

 

De la gentillesse ;

 

Pas de la richesse

 

Mais bien des bonheurs.

 

 

 

Je viens apporter

 

Mon simple sourire,

 

Pour faire s’ouvrir

 

L’année en beauté ! »

 

                        **********

 


 

 

 

    Salut Noël        

 

 

Salut ! Petit Noël.

 

Salut ! Petit papa.

 

Salut ! Toi dans le ciel

 

Où je ne te vois pas.

 

 

 

J’ai fait une commande

 

De jouets de couleurs.

 

Mais j’ai aussi l’offrande

 

De ma joie, de mon cœur.

 

 

 

Salut ! petite neige.

 

Salut ! mon soleil blanc.

 

Voici mon florilège.

 

Salut à ma maman !

 

 

 

J’ai colorié en or

 

L’étoile du sapin,

 

Et pour l’enfant qui dort,

 

Je chantonne un refrain.

 

 

 

Salut ! Petit Noël

 

Salut ! Mes bons amis.

 

Regardez dans le ciel

 

Les anges endormis.

 

                        **********

 

 

 

   Boule neigeuse

 

 

 

Boule neigeuse

 

Roule rieuse

 

Neige du ciel

 

Nuit de Noël

 

 

 

Boule soyeuse

 

Brûle précieuse

 

Neige au soleil

 

Nuit sans sommeil

 

 

 

Boule joyeuse

 

Roule curieuse

 

Neige irréelle

 

Nuit éternelle

 

 

 

                        **********

 

 

 

             Bulle de neige

 

 

 

Il neigeait au soleil des paillettes d’argent.

 

Cela brillait en l’air, poudre de métal blanc.

 

C’était beau ! C’était doux ! Je me croyais perdue

 

Dans ces boules de verre, affreuses, qu’on remue…

 

Les sapins saupoudraient leur givre dans le vent,

 

Et les flocons brûlaient sous le soleil levant.

 

                        **********

 


  

 

          Bonne année les Enfants

 

 

Bonne année à vous tous, Enfants de mon école.

 

Bonne année aux Petits, aux Moyens et aux Grands.

 

À vous tous je souhaite une année belle et folle,

 

Pour jouer, pour grandir… L’amour de vos parents

 

 

 

Est le plus beau bonheur qui puisse être. Il console

 

Des chagrins de la vie. Vos regards rassurants,

 

Vos joies, vos cœurs rieurs et doux, votre parole

 

Enfantine, nous font vivre heureux, espérants.

 

 

 

Bonne année, les Loupiots. Bonne et heureuse année.

 

Bonne santé, bien sûr. Bonne année à tous ceux

 

Qui viennent à l’école et qui, chaque journée,

 

 

 

Donnent un peu leur vie, leur temps, pour vos beaux                                                                                                                     [yeux,

 

Pour tout l’espoir qu’on a en vous voyant paraître.

 

Bonne année, mes Enfants, grandissez de bien-être.

 

                        **********

 

 

 

 

 

                 La Fête des Mères

 

 

Lorsque l’on a cinq ans, en classe maternelle,

 

La maîtresse ou le maître, appliqué, vertueux,

 

Nous fait apprendre et réciter, cérémonieux,

 

Des poèmes disant : « Maman est la plus belle. »

 

 

 

Bientôt, on devient grand : jeune homme ou demoiselle.

 

On offre des bouquets noués de velours bleus,

 

Des foulards, des colliers. D’un mot affectueux,

 

D’un baiser sur la joue, on est l’enfant fidèle.

 

 

 

Et puis on se révolte, on trouve ça crétin,

 

Commercial. On ne veut pas continuer Pétain…

 

À la Saint-Moulinex les opposants se fâchent !

 

 

 

Et pourtant ! On a beau frôler ses cinquante ans,

 

On voudrait dire encore, au moins de temps en temps :

 

« Oh ! Je t’aime maman. Il faut que tu le saches ! »

 

                        ***********

 

 

 

 

 


Par Thierry Prellier
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Jeudi 8 février 2007

 III      TRISTESSE

 

 

 

 

 

 

 

     Une larme d'étoile

 

 

 

Une larme d'étoile

 

Une larme sourire

 

Sur ton visage enfin

 

Éclate en souvenirs.

 

Et dans mes bras ouverts

 

Tu viens te réfugier

 

Comme une épave triste

 

Sur un visage calme.

 

Ton sourire sensas,

 

Ton sourire de rêve

 

Doucement me caresse

 

Et doucement me berce.

 

Dans mon cœur, dans mes yeux

 

Éternullement dansent

 

Ton visage sensas,

 

Tes larmes, tes sourires.

 

                        **********

 

 

     Tristesse

 

 

 

Viens là, douce compagne.

 

Viens là, grande tristesse.

 

Vois la nuit qui me gagne

 

Et m’emplit de paresse.

 

 

 

Elle s’installe ici

 

Au cœur de ma faiblesse

 

Mais son ombre infinie

 

Ne vaut pas ta caresse

 

 

 

Belle compagne douce,

 

Grande et pâle tristesse.

 

Vois-tu, je fuis sans cesse,

 

 

 

Et sans cesse à mes trousses

 

La mort court et me presse

 

Et berce ma détresse.

 

                        **********

 

 

 

         Je me suis étendu

 

 

 

Je me suis étendu sur l'herbe noire

 

Face au ciel silencieux

 

         Face au néant

 

Face aux astres précieux

 

Qui ne sont rien en quoi je puisse croire.

 

 

J'ai regardé le vide et sa lumière

 

Cherchant à l'infini

 

         Une raison

 

Un sens à notre vie

 

Mais il n'y a plus rien que la poussière

 

                        **********

 

 

 

 

          Laissez-moi, mes amis

 

 

 

Laissez-moi, mes amis, m'isoler un moment.

 

Dieu sait si je vous aime et si je suis content

 

De vous trouver toujours pour oublier ma peine,

 

Mais, ce soir, laissez-moi, je suis d'humeur bien vaine.

 

J'aime à venir m'asseoir, à l'écart, sur un banc,

 

Sur une pierre plate ou sur le sable blanc,

 

À vous entendre un peu, de loin : douce musique

 

Qui berce mon esprit fâché, mélancolique ),

 

À vous savoir là-bas quand mon âme est ailleurs,

 

À pouvoir rester seul, tout en étant plusieurs.

 

Je ne sais pas bien dire où se joue ma tristesse.

 

Sont-ce les jours finis ? Est-ce la vague ivresse

 

Des larmes, des sanglots, fussent-ils intérieurs ?

 

Et que dois-je espérer vraiment ? Quels jours meilleurs ?

 

                        **********

 

 

 

         Bruits de nuit

 

 

 

Une nuit sans sommeil. Encore !

 

Et je suis épuisé pourtant.

 

Mon pauvre vieux cerveau ignore

 

La joie, le repos du néant.

 

 

 

Le lent tic-tac de la pendule

 

Se mêle au frisson du compteur.

 

Un avion très lointain hulule

 

Le roulement de son moteur.

 

 

 

Un enfant a bougé peut-être...

 

Le chat a gratté son grelot

 

Et j’ai même cru reconnaître...

 

Mais non, c’est un borborygme. Sot !

 

 

 

Que vais-je faire, tout à l’heure,

 

Lorsque j’aurai fini ces vers ?

 

Il ne faut pas que je me leurre,

 

Demain : je serais de travers !

 

                        **********

 


           Pleurs

 

 

Dis ! Te rappelles-tu

 

La caresse fragile

 

Des larmes si tranquilles

 

Qui perlent, ingénues,

 

À l'orée de tes cils ?

 

 

 

Un collier merveilleux

 

S'est tristement brisé

 

Et s'écoule étonné

 

De la nuit de tes yeux

 

Fascinante et gelée.

 

 

 

Une tiède cascade

 

Éclabousse tes joues

 

Et la vie devient floue.

 

Les couleurs sonnent fades ;

 

Les parfums chantent doux.

 

 

 

Dans le coin de tes lèvres,

 

Elles glissent, salées,

 

Amères et fanées,

 

Et t'enivrent de fièvre.

 

Tu t'enrêves étonnée.

 

                        **********

 

 

              De mon temps !

 

 

 

De mon temps !

 

Ah ! De mon temps...

 

Paris était encore une jolie ville,

 

Les filles restaient simples et gracieuses ,

 

Les étés étaient toujours ensoleillés,

 

Les jeunes aimaient l’école,

 

Le pain ne coûtait pas cher

 

Et les gens se parlaient,

 

De mon temps !

 

Les enfants aimaient leur maître

 

Et le Mètre Étalon était à Sèvres,

 

En platine iridié, au Pavillon de Breteuil,

 

De mon temps !

 

Il neigeait à Noël,

 

Les chansons étaient gaies,

 

Les danses chaleureuses.

 

On savait s’amuser.

 

On avait une orange aux étrennes

 

Et des jupes plissées pour aller à confesse.

 

Les gens étaient honnêtes

 

Et les accents pointus,

 

De mon temps !

 

Le temps était plus long,

 

Le quartier plus vivant.

 

Les cahiers avaient bien plus de pages

 

Et les journaux bien moins d’images.

 

On savait vivre,

 

Boire, rire et manger.

 

Et quand on se mariait,

 

On faisait des noces à tout casser,

 

De mon temps !

 

C’était moins compliqué,

 

Tout n’allait pas si vite,

 

Le temps n’était pas détraqué

 

Et on parlait français,

 

De mon temps !

 

Ah ! De mon temps !

 

J’étais jeune surtout...

 

J’étais jeune...

 

On savait être jeune, allez !

 

                        **********

 


                 Les enfants planeurs

 

 

 

J’ai tellement pleuré à ce Noël

 

         Que je ne me souviens

 

De rien, ni de personne. Et le réel

 

         A rompu tous les liens.

 

 

 

Je me revois marchant, accompagné

 

         De mon ami d’alors,

 

Mon cœur refusant de se résigner

 

         Et souffrant mille morts.

 

 

 

Nous allions dans la neige et dans la nuit,

 

         Et le pauvre garçon,

 

Simplement, m’emportait sans but, sans bruit,

 

         Étouffant mon frisson.

 

 

 

Je revois la veillée dans le chalet

 

         Les enfants harmonieux

 

Et le petit dernier qui ne voulait

 

         Pas me voir malheureux.

 

 

 

Dans des journaux nous avions détouré

 

         Des images, des mots.

 

Que nous collions, univers coloré,

 

         En minutieux tableaux.

 

 

 

Moi, j’avais découpé trois vieux violons,

 

         Des oiseaux, des enfants,

 

Et, sur un fond bleuté de ciels profonds,

 

         J’avais écrit : «Attends ! »

 

 

 

« Attends petit ! Mon bel enfant planeur,

 

         Que se lève le vent. 

 

On ne se rapproche du vrai bonheur

 

         Qu’en s’espérant vivant. »

 

                     **********

 

 

 

        Rêve

 

 

 

L'ennui troublant,

 

L'enterrement

 

Qui doucement

 

S'en va traînant.

 

 

 

Les feuilles mortes

 

De toutes sortes

 

Que le vent porte

 

Contre ma porte.

 

 

 

Le ciel rougit.

 

Elle pâlit

 

Et se blottit

 

Dans ma folie.

 

 

 

Ce n'est qu'un rêve

 

Et il m'enlève,

 

Trouble ma sève

 

Et puis s'achève.

 

                        **********

 


 

 

Par Thierry Prellier
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Jeudi 8 février 2007
IV  AMOURS ET AMITIÉS

 

 

               Douze baisers

 

 

 

Mes baisers papillons de paupière à paupière,

 

Mes baisers eskimos pour ton petit nez froid,

 

Mes baisers crocodile en te mordant le doigt

 

Et mes baisers d'amour sur ton cœur en lumière.

 

 

 

Mes baisers éléphant oreille contre oreille,

 

Mes baisers bouquetin en se cognant le front,

 

Mes baisers de barbier au bout de ton menton

 

Et mes baisers d'amour sur ta lèvre vermeille.

 

 

 

Mes baisers de chaton frôlement de visages,

 

Mes baisers du grand monde esquissés sur ton gant,

 

Mes baisers implorés à ton pied élégant

 

Et mes baisers d'amour pour tes sourires sages.

 

                        **********

 


               Passez. Passez

 

 

Passez. Passez jolie jeune fille inconnue.

 

Vous êtes la millième et, toujours pour mon cœur,

 

C’est la première amour. Le nouveau est vainqueur,

 

Et je choisis toujours la dernière venue.

 

 

 

Donnez-moi votre rire et vos yeux en caresse.

 

Donnez-moi vos hasards et votre petit nom,

 

Et le secret parfum qui flotte, brun ou blond,

 

Sur vos cheveux fleurés en passager d’ivresse.

 

 

 

Passez. Passez jolie. Je vous aime passante

 

Pour un regard si court, un sourire perdu.

 

Je vous emporterai dans ma folie flottante,

 

 

 

Mon rêve évanescent, mon désir entendu.

 

Je cueillerai les fleurs que votre complaisance,

 

Lorsque vous me croisez, offre à mon inconstance.

 

                        **********

 

 

 

        Cueillette

 

 

 

Je cueille vos sourires

 

Comme on vole des fleurs.

 

Pour les jolis bonheurs

 

Des jardins purs ou pires

 

 

 

Je cueille vos visages

 

Comme on fixe le ciel.

 

Qu'on se brûle au soleil

 

D'une insatiable image.

 

 

 

Je cueille vos regards

 

Comme on croque une fraise.

 

Comme on souffle une braise

 

Par bonheur, par hasard.

 

 

 

Je cueille vos frissons

 

Comme on creuse le sable.

 

Sous la lune friable

 

Par des nuits sans soupçons.

 

               **********

 


     En tous tes rêves

 

 

 

Je t’aime en tous tes âges,

 

En toutes tes saisons.

 

J’aime tous tes visages

 

Par folies, par raisons.

 

 

 

Petite fille ou femme,

 

Jeunesse aux yeux ardents

 

Et même vieille dame,

 

Je t’aime tout le temps.

 

 

 

Je t’ai aimé sans doute

 

Avant. Oh ! bien avant

 

Que je croise ta route

 

Je t’aimais en rêvant.

 

 

 

Je t’aime pour ton rire

 

Et malgré tous nos pleurs ;

 

Je devrais ne rien dire

 

Qu’en langage des fleurs.

 

 

 

J’aime notre existence,

 

Nos matins et nos soirs,

 

Notre chemin d’enfance

 

Pleins d’esprit et d’espoir.

 

 

 

Je t’aime en tous tes rêves

 

En toutes tes passions ;

 

Je t’aime et tu m’élèves

 

Au jeu des sensations.

 

                        **********

 


 

 

 

                   Serment d’ami(e)

 

 

 

Lui

 

— Approche donc, viens là. Nous avons l’occasion

 

De dire des mots forts, sans gesticulation.

 

 

 

L’autre

 

— J’ai un peu peur, vois-tu. Je n’ai pas ta faconde ;

 

Je ne sais pas quoi dire et, devant tout le monde...

 

 

 

Lui

 

— Laisse donc ! Au contraire, ils seront bien contents,

 

Les autres de nous voir, toi et moi. Il est temps !

 

 

 

L’autre

 

— Chacun, bien sûr, le dit... qu’on s’entend bien ensemble

 

Que nous sommes ami(e)s. Ça se sait, il me semble.

 

 

 

Lui

 

— Bien sûr mais, aujourd’hui, ce texte théâtral

 

Nous permet de le jouer devant tous. C’est génial !

 

 

 

L’autre

 

— Tiens ! Donne-moi la main. Ne dis plus rien. Écoute !

 

On s’aime bien, c’est sûr ; ça ne fait aucun doute.

 

                        **********

   

       Mon plus joli poème

 

 

Mon plus joli poème,

 

Je ne peux te l'écrire.

 

Je peux juste te dire

 

Qu'il te dit que je t'aime.

 

Mon plus joli poème est tissu de ces mots

 

Que nous n'avons pas dits. Il est peuplé de nuit

 

Et des mille frissons qui ont couru, sans bruit,

 

De ton épaule brune à ta cuisse en fuseau.

 

 

 

Mon plus joli message,

 

Je le garde secret.

 

C'est un souffle discret

 

À fleur de ton visage.

 

Mon plus joli message est fait de ces mots-là

 

Qui ne sont pas marqués, que je n'ai pas tracés,

 

De ces mots oubliés avant d'être inventés,

 

De ces mots que l'on vit mais que l'on n'écrit pas.

 

 

 

Ma plus jolie chanson,

 

Je ne sais la jouer.

 

Elle n'a pas de clef,

 

Elle est dans tous les tons.

 

Ma plus jolie chanson est remplie de ta voix.

 

Ta voix qui est gravée dans mon cœur magnétique

 

Se mêle mélodieuse à la sourde rythmique

 

De nos sangs confondus psalmodiant notre émoi.

 

 

 

Mon plus joli poème,

 

Je ne peux te l'écrire.

 

Je peux juste te dire

 

Qu'il te dit que je t'aime.

 

Mon plus joli poème est ton rire éclatant,

 

Ta joie, à bout portant, tes lèvres sur mes yeux,

 

Ton sourire posé sur mes baisers heureux

 

Et ta joue qui s'appuie à mes doigts caressants.

 

                            **********

      Dentelles

 

 

 

 

Dentelles de pudeur

 

Couvrez les nudités

 

De nos amours en fleur

 

Et de nos amitiés

 

 

 

Nos âmes seront sœurs

 

Pour une éternité

 

Nos rires de bonheur

 

Jailliront éclatés

 

 

 

On s'aime par amour

 

Par amitié par cœur

 

On s'aime pour toujours

 

 

 

Pour un instant trop court

 

Et les baisers rêveurs

 

Dureront tout le jour

 

                        **********

 


                    Le désir d'offrir

 

 

 

Je voudrais te donner des milliers de présents.

 

Je voudrais te donner ma vie, mon cœur, mon sang.

 

Je voudrais, chaque nuit, de toute éternité,

 

Être un cadeau pour toi, être une nouveauté.

 

Je rêve d'une fête immense et infinie

 

Où je pourrais t'offrir l'irréel, l'interdit.

 

Mais j'aimerais, sur tout, plus que toute richesse,

 

T'apporter, chaque jour, simplement, ma tendresse.

 

                        **********

 

 

 

               Deux rouges-queues

 

 

 Deux rouges-queues jolis, au creux du buisson vert,

 

    Poursuivent en piaillant

 

Leurs amours. Oubliées les rigueurs de l’hiver !

 

    C’est le temps, à présent

 

 

 

Des becquées de plaisir, des chahuts dans le ciel,

 

    Des vols ébouriffés

 

Parmi les chatons d’or et le poisseux de miel

 

    Des bourgeons éclatés.

 

 

 

Allez-y, mes oiseaux ! Caressez vos duvets

 

    De vos becs savoureux !

 

Profitez de la vie, les plaisirs sont parfaits

 

    Pour qui est amoureux !

 

                        **********

 


    Mon petit cœur

 

 

 

Mon petit cœur

 

Ma petit' joie

 

Ma petit' fleur

 

Ma vie, ma voie

 

 

 

Mon petit cul

 

Ma petit' reine

 

Ma petit' nue

 

Mon rir' ,ma peine

 

 

 

Mon petit diable

 

Ma petit' fée

 

Ma jolie fable

 

Mon odyssée

 

 

 

Ma petit' lune

 

Ma fière étoile

 

Ma petit' plume

 

Mon bleu, ma toile

 

 

 

Mon petit loup

 

Ma petite biche

 

Mon petit chou

 

Ma mie, ma miche

 

 

 

Mon petit or

 

Ma petit' bête

 

Ma petit' mort

 

Ma foll' ,ma fête

 

                        **********

 


 

 

 

     Au fond

 

 

Au fond du jardin,

 

J’ai planté du lin

 

Et un grand tilleul.

 

Quand viendra ma fin,

 

J’aurais un linceul

 

Et un beau cercueil.

 

 

 

Au fond du jardin,

 

J’ai creusé un trou.

 

J’y serai très bien

 

Pour être dissout,

 

Redevenir rien,

 

Du terreau, c’est tout.

 

 

 

Au fond de ton cœur

 

J’ai mis des poèmes,

 

Et tant que tu m’aimes,

 

Sois plein de chaleur,

 

Sois vivant, viveur,

 

Je vivrai quand même.

 

                        **********

 

 

      Les attentes

 

 

Je t’attends, je t’espère

 

Toujours, à tout moment.

 

Et si je vitupère

 

C’est pour faire semblant.

 

 

 

Je t’attends en voiture

 

Devant les magasins.

 

Qu’importe si ça dure,

 

J’ai toujours mes bouquins !

 

 

 

Je t’attends pour rentrer,

 

Pour partir au théâtre.

 

Je suis là, à piaffer,

 

Et tu te mets en quatre.

 

 

 

Je t’attends pour les clefs,

 

Les sous, le téléphone.

 

Je voulais appeler :

 

C’est occupé ! Ça sonne ?

 

 

 

Je t’attends, je regarde

 

Si c’est bien toi, là-bas.

 

Deux heures que je garde

 

Ton tour. Tu ne viens pas !

 

 

 

Je t’attends, je t’adore.

 

D’avance je frémis

 

Par Thierry Prellier
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