III TRISTESSE
Une larme d'étoile
Une larme d'étoile
Une larme sourire
Sur ton visage enfin
Éclate en souvenirs.
Et dans mes bras ouverts
Tu viens te réfugier
Comme une épave triste
Sur un visage calme.
Ton sourire sensas,
Ton sourire de rêve
Doucement me caresse
Et doucement me berce.
Dans mon cœur, dans mes yeux
Éternullement dansent
Ton visage sensas,
Tes larmes, tes sourires.
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Tristesse
Viens là, douce compagne.
Viens là, grande tristesse.
Vois la nuit qui me gagne
Et m’emplit de paresse.
Elle s’installe ici
Au cœur de ma faiblesse
Mais son ombre infinie
Ne vaut pas ta caresse
Belle compagne douce,
Grande et pâle tristesse.
Vois-tu, je fuis sans cesse,
Et sans cesse à mes trousses
La mort court et me presse
Et berce ma détresse.
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Je me suis étendu
Je me suis étendu sur l'herbe noire
Face au ciel silencieux
Face au néant
Face aux astres précieux
Qui ne sont rien en quoi je puisse croire.
J'ai regardé le vide et sa lumière
Cherchant à l'infini
Une raison
Un sens à notre vie
Mais il n'y a plus rien que la poussière
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Laissez-moi, mes amis
Laissez-moi, mes amis, m'isoler un moment.
Dieu sait si je vous aime et si je suis content
De vous trouver toujours pour oublier ma peine,
Mais, ce soir, laissez-moi, je suis d'humeur bien vaine.
J'aime à venir m'asseoir, à l'écart, sur un banc,
Sur une pierre plate ou sur le sable blanc,
À vous entendre un peu, de loin : douce musique
Qui berce mon esprit fâché, mélancolique ),
À vous savoir là-bas quand mon âme est ailleurs,
À pouvoir rester seul, tout en étant plusieurs.
Je ne sais pas bien dire où se joue ma tristesse.
Sont-ce les jours finis ? Est-ce la vague ivresse
Des larmes, des sanglots, fussent-ils intérieurs ?
Et que dois-je espérer vraiment ? Quels jours meilleurs ?
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Bruits de nuit
Une nuit sans sommeil. Encore !
Et je suis épuisé pourtant.
Mon pauvre vieux cerveau ignore
La joie, le repos du néant.
Le lent tic-tac de la pendule
Se mêle au frisson du compteur.
Un avion très lointain hulule
Le roulement de son moteur.
Un enfant a bougé peut-être...
Le chat a gratté son grelot
Et j’ai même cru reconnaître...
Mais non, c’est un borborygme. Sot !
Que vais-je faire, tout à l’heure,
Lorsque j’aurai fini ces vers ?
Il ne faut pas que je me leurre,
Demain : je serais de travers !
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Pleurs
Dis ! Te rappelles-tu
La caresse fragile
Des larmes si tranquilles
Qui perlent, ingénues,
À l'orée de tes cils ?
Un collier merveilleux
S'est tristement brisé
Et s'écoule étonné
De la nuit de tes yeux
Fascinante et gelée.
Une tiède cascade
Éclabousse tes joues
Et la vie devient floue.
Les couleurs sonnent fades ;
Les parfums chantent doux.
Dans le coin de tes lèvres,
Elles glissent, salées,
Amères et fanées,
Et t'enivrent de fièvre.
Tu t'enrêves étonnée.
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De mon temps !
De mon temps !
Ah ! De mon temps...
Paris était encore une jolie ville,
Les filles restaient simples et gracieuses ,
Les étés étaient toujours ensoleillés,
Les jeunes aimaient l’école,
Le pain ne coûtait pas cher
Et les gens se parlaient,
De mon temps !
Les enfants aimaient leur maître
Et le Mètre Étalon était à Sèvres,
En platine iridié, au Pavillon de Breteuil,
De mon temps !
Il neigeait à Noël,
Les chansons étaient gaies,
Les danses chaleureuses.
On savait s’amuser.
On avait une orange aux étrennes
Et des jupes plissées pour aller à confesse.
Les gens étaient honnêtes
Et les accents pointus,
De mon temps !
Le temps était plus long,
Le quartier plus vivant.
Les cahiers avaient bien plus de pages
Et les journaux bien moins d’images.
On savait vivre,
Boire, rire et manger.
Et quand on se mariait,
On faisait des noces à tout casser,
De mon temps !
C’était moins compliqué,
Tout n’allait pas si vite,
Le temps n’était pas détraqué
Et on parlait français,
De mon temps !
Ah ! De mon temps !
J’étais jeune surtout...
J’étais jeune...
On savait être jeune, allez !
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Les enfants planeurs
J’ai tellement pleuré à ce Noël
Que je ne me souviens
De rien, ni de personne. Et le réel
A rompu tous les liens.
Je me revois marchant, accompagné
De mon ami d’alors,
Mon cœur refusant de se résigner
Et souffrant mille morts.
Nous allions dans la neige et dans la nuit,
Et le pauvre garçon,
Simplement, m’emportait sans but, sans bruit,
Étouffant mon frisson.
Je revois la veillée dans le chalet
Les enfants harmonieux
Et le petit dernier qui ne voulait
Pas me voir malheureux.
Dans des journaux nous avions détouré
Des images, des mots.
Que nous collions, univers coloré,
En minutieux tableaux.
Moi, j’avais découpé trois vieux violons,
Des oiseaux, des enfants,
Et, sur un fond bleuté de ciels profonds,
J’avais écrit : «Attends ! »
« Attends petit ! Mon bel enfant planeur,
Que se lève le vent.
On ne se rapproche du vrai bonheur
Qu’en s’espérant vivant. »
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Rêve
L'ennui troublant,
L'enterrement
Qui doucement
S'en va traînant.
Les feuilles mortes
De toutes sortes
Que le vent porte
Contre ma porte.
Le ciel rougit.
Elle pâlit
Et se blottit
Dans ma folie.
Ce n'est qu'un rêve
Et il m'enlève,
Trouble ma sève
Et puis s'achève.
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