VII ÉCOLE
La rentrée des classes
Nous serons là, demain, nous, les petits élèves,
Le cœur plein de soleil, l’âme pleine de rêves.
Là, nous nous assoirons, sous la grande clarté
De la fenêtre ouverte. Après avoir chanté
Ensemble, à pleine voix, autour de la guitare,
Dit une poésie, cherché un mot bizarre,
Nous nous resserrerons, attentifs, silencieux,
Tout près du maître qui lira, l’air mystérieux,
Un conte ou un récit. Puis : les jeux, l’écriture,
Les collages, l’argile, et deux doigts de peinture,
Les poupées et le train, les ballons, les cerceaux,
Tante de choses encore où nos petits cerveaux
Se construisent un peu. Alors, après l’école,
À l’heure des câlins, à l’heure où l’on cajole,
Blottis dans le giron de qui nous aime tant,
Caressants, rassurés, le regard clignotant,
Nous dirons : « Aujourd’hui, c’est le jour de rentrée.
La maîtresse est gentille ; on l’a tous adorée. »
Nous dirons : « Aujourd’hui, j’ai appris... j’ai appris... »
Sans savoir expliquer tout ce qu’on a compris.
Mais nous aurons grandi, heureux de notre enfance,
Pensant à la maîtresse, et au maître, en confiance.
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La vieille école
Je ne veux plus aller, ce matin, à l'école.
Je n'y retrouve rien de ce qui m'y plaisait :
Il n'y a plus les craies, ni l'odeur de la colle,
Ni la cloche ni les plumes qu'on suçotait.
Le maître n'écrit plus en ronde ou en anglaise,
Il a quitté le gris de sa blouse en coton.
Mon pupitre de chêne, accroché à sa chaise
A disparu aussi ; et puis le poêle, au fond.
Les buvards, les bavards, le honteux bonnet d'âne,
Les cartes des reliefs, les mesures, les poids,
La vieille Roberval le et le morceau de crâne,
Inquiétant, poussiéreux, sur l'étagère en bois.
Les gommettes, les sous, les billes et la ronde,
Les pleins et les déliés. Il n'y a donc plus rien !
— Mais quel tableau fais-tu, pauvre ancien ? Et quel
Crois-tu, en ces années passées, était le tien ? [monde
Oh ! Bien sûr, c'est joli, le vieux musée d'école.
Mais souviens-toi quand même ! Il faisait froid, souvent.
Les livres étaient gris. Tu n'avais la parole
Que pour bien réciter : « Silence dans le rang ! »
Te rappelles-tu, dis ? Tes maîtres trop sévères,
(Pas tous, bien sûr !) et pas toujours justes non plus ?
Les punitions tombaient. Mais, (c'est normal), tu préfères
Les souvenirs des jeunes ans, bien révolus.
Mais l'école, aujourd'hui, est toujours aussi belle.
Crois-moi ! Et les enfants, le cœur émerveillé,
Moissonnent comme toi leur mémoire éternelle.
On les fait vivre et lire, et aussi travailler.
La jeunesse n'est pas, ce matin, éperdue.
La classe où l'on voudrait retourner volontiers,
C'est celle de l'enfance, elle n'est pas perdue
Elle existe toujours, pour tous les écoliers.
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Supplique pour une lecture
Oh ! Ce livre, ce livre !
Oh ! Lis-le, s’il te plaît.
Tu verras comme il est
Plein de voix, plein de vivre.
Oh ! Puisses-tu me suivre
Dans mes rêves, où les
Sentiments incomplets
Me rendent folle et ivre.
Puisses-tu ressentir
Des plaisirs pleins de rages,
Buvant sans repentir,
Ainsi que moi, ces pages,
Partageant (je t’en prie)
Ces mots, cette furie.
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Au petit magasin
Au petit magasin,
En face de l’école,
J’ai trouvé du fusain,
Des craies et de la colle.
Et, pour toi, sans un bruit,
Sur une page blanche,
J’ai dessiné la nuit,
Le jour et le dimanche,
Le portrait de l’amour,
Le dessin de la vie
Avec des cœurs autour
Et mes grains de folie.
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Mes petits élèves
Le maître :
« Que je vous aime, tous, vous mes petits élèves !
Avec vos airs curieux, vos yeux levés au ciel,
Vos rires et vos cris... vos silences, vos rêves,
Vos dessins de bonheur envahis d’arcs-en-ciel ! »
Tous les élèves :
« Et comme nous t’aimons, nous aussi, notre maître !
Toi, vieil instituteur qui sais si bien chanter,
Raconter, inventer, qui sais nous reconnaître,
Chacun, à son sourire, et tous nous écouter ! »
Le maître
« Que vous êtes jolis ! Quels cœurs, et quels visages !
Des grands et des petits, des brunes et des blonds ;
J’en vois de toutes les couleurs, et de tous âges !
Je n’oublierai jamais vos traits ni vos prénoms. »
Un enfant :
« Ma maman se souvient d’une ancienne maîtresse
Qui lui avait appris à jouer, à grandir ;
Je penserai aussi à toi, c’est ma promesse,
Même si l’an prochain il nous faut repartir. »
Le maître :
« Que j’aime vos regards, le feu de vos paroles,
Lorsque mille questions jaillissent tout à coup !
Que j’aime vos douceurs et vos tendresses folles
Lorsque vous câlinez, suspendus à mon cou ! »
Tous les élèves :
« Nous adorons ta voix, tes gestes qui enchantent
En dessinant des mots, ces moments attendus
Où tu viens te pencher sur nos mains hésitantes
Nous aidant à tracer des graphismes ardus. »
Le maître :
« J’aime vos airs frondeurs, vos joies, vos chahuts même,
Et si je gronde un peu quand on fait trop de bruit
C’est de peur que l’on croie que l’on s’est mal conduit.
Mais, bon sang ! mes petits, oh combien je vous aime !
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Les poésies du matin
Dans la 403 bleue, nous partions à l’école.
Parmi les embarras de la circulation
J’apprenais à la hâte une récitation :
Une scène, un sonnet, une simple parole.
Te souviens-tu combien, d’une façon bien folle,
Nous enchaînions de vers avec obstination,
Heureux de faire entendre ensemble la scansion
( Dans le bruit des moteurs, les odeurs de pétrole )
Des rimes de Hugo, de Musset, de Racine :
L’Ode à Cassandre ou la Ballade des pendus.
Chaque matin, ainsi, nous étions assidus.
Et quand nous cheminons, sur la plage voisine
Aujourd’hui, nous savons encore, quelquefois,
Déclamer un poème, ensemble, à haute voix.
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Apprendre la récitation
Les deux filles avaient à apprendre, par cœur,
Les quelques premiers vers d’un sonnet de Verlaine :
Un sonnet simple et tendre où l’enseigne « au Bonheur »
S’accrochait à l’auberge accueillante et sereine.
Je me fis, tout d’abord, à haute voix, lecteur
Pour dessiner les lieux, la maison et la plaine.
J’y mettais l’enthousiasme (avec quelle candeur !)
Des professeurs d’antan : la « foi républicaine » !
Les enfants, étonnées par ma récitation
Avaient les yeux brillants, chacune très émue.
« C’est toi qui l’a écrit, Maître ? » Ah ! Quelle question !
«Ce n’est pas moi ; c’est Paul. Mais mon âme se mue
En celle du poète. » En répétant ses mots
Mes élèves ravies les apprirent bientôt.
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Le point de vue de l’écolier
Non, je ne t’en veux pas ! Ce n’est pas un esclandre !
Mais si tu prends plaisir à écrire des vers,
Nous autres écoliers, sans un mot de travers,
Devons mémoriser, et que c’est long d’apprendre !
C’est dur, la poésie ( tu peux bien le comprendre ! )
Et parfois c’est confus : j’en oublie, je me perds...
Quand je la sais, bien sûr, c’est comme un univers
Que je détiens en moi, à la dire, à l’entendre.
Mais que c’est difficile, au début, d’ânonner.
Il faut mettre le ton, répéter une phrase,
Ne pas manquer tel mot, reprendre, tâtonner.
Quand je récite, enfin, quel plaisir, quelle extase !
J’ai presque l’impression que c’est moi qui écris,
Et je suis bien heureux(se), alors, d’avoir appris.
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Va apprendre ton poème !
— As-tu lu ton poème ?
— Je ne l’apprendrais pas.
— Allons ! Lis-le quand même.
— Ça ne m’intéress’ pas
— Pourtant, souvent tu aimes
Ces petits textes là ?
— Aujourd’hui, j’ai la flemme…
— Ne parle pas comm’ ça !
Ça fait par trop bohème.
— Oui, mais moi je n’aim’ pas…
— Bon ! Tu lis ton poème…
Je me fâche ou quoi ? Va !
— J’y vais. Mais dis, quand même
Ça sert à quoi tout ça ?
Chaque fois, les poèmes,
On ne les récit’ pas,
Ou à la mi-carême,
Ou à la saint gla-gla
— Saint-glinglin ! Enfin même
Que tu récit’s ou pas
Tu apprends ton poème.
— J’ m’en fich’ Je l’ sait déjà !
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Lire ! Lire !
Eh ! Qu'on me laisse lire,
C'est tout ce qu'il me faut !
Encore un conte, un mot,
Une image en délire,
Un roman pour de rire,
Ou pour pleurer plutôt,
Un poème tout chaud,
Un jeu, une satire...
Laissez-moi un instant
Dans mon rêve, hésitant
Parmi les personnages :
Les bons, les sans aveu,
Les tout fous et les sages...
Laissez-moi lire un peu !
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Rue des écoles
Dans la rue des écoles
Il y a des enfants
Qui jouent et qui rigolent
Et s’en vont sifflotant.
Il y a des fillettes,
Nez en l’air, cœur au vent,
Babillant des sornettes,
Des serments émouvants
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