le Cafourniau de Thierry Prellier

     Thierry  Prellier  est :                                                                                                                                                                                                                            

* Maître d'école.

* Ramasseur de cailloux remarquables.

* Chanteur compositeur.

* Naturalisé Breton

* Poète, nouvelliste, romancier,

* Collectionneur de mots rares.

* Amoureux de sa femme.

* Directeur d'école.

* Abstème mais amateur de chocolat.

* Garennois de coeur, Courbevoisien d'élection.

* Polymorphe, polygraphe et plutôt poli.

* Humaniste et athé.

* Cycliste et piéton le plus souvent.

* Lecteur, nageur, siesteur mais insomniaque.

* Un peu têtu et de mauvaise foi, à l'occasion.

* Père d'une fille et d'un garçon.

 Et bien d'autres choses...

 

Jeudi 8 février 2007

VIII RÉFLEXIONS HUMANISTES

 

 

 

 

 

 

 

                     Le petit loup

 

 

 

Le vilain petit loup aimait les livres roses

 

Où l’on voyait danser des cochons bien dodus,

 

Des enfants orphelins au fond des bois perdus,

 

Des chevrettes en pleurs, et puis bien d’autres choses…

 

 

 

Le petit loup cruel bouquinait des histoires

 

Qui le faisaient rêver de croquer les biquets,

 

Le Petit Chaperon Rouge, et, dans les forêts

 

Profondes, de rôder par les nuits les plus noires.

 

 

 

Le méchant petit loup, assis près de son père,

 

Écoutait les récits pleins de faons et d’agneaux.

 

Mais on ne lui lisait jamais les fabliaux

 

D’Ysengrin et Renard, son ennemi, son frère.

 

 

 

Le pauvre petit loup qui se croyait superbe,

 

Qui pensait faire peur au craintif, au poltron,

 

Se retrouvait aimé du dernier moucheron

 

Qui lui riait au nez et lui offrait de l’herbe.

 

                        **********

 

 

 


     Gourmandise

 

 

 

J’avais promis, c’est vrai,

 

De ne pas en reprendre.

 

J’avais promis d’attendre,

 

De marquer un arrêt.

 

 

 

Mais, comment résister ?

 

Sa saveur est si belle,

 

Envoûtante, fidèle !

 

Je suis toujours tenté !

 

 

 

Alors, bien sûr, voilà !

 

Je vous fais la promesse :

 

C’est le dernier. Je cesse

 

Après, le chocolat.

 

                        **********

 

 

 

                       Promesses

 

 

 

Je promets de ne pas fumer, de ne pas boire,

 

De ne pas marauder les fruits de mon voisin,

 

De ne pas chasser l’ours, le lynx, le marcassin,

 

De ne pas enfermer d’enfants dans une armoire.

 

 

 

Je promets de ne pas aimer faire la guerre,

 

De parler doucement, d’être sobre au volant,

 

De ne pas piétiner les fleurs, d’être prudent,

 

Gentil, respectueux des lois, et cœur sincère.

 

 

 

 

Mais je ne promets pas d’accepter d’être riche

 

Et de danser sans honte au nez des pauvres gens.

 

Je ne veux pas garder des trésors, être chiche

 

 

 

Et trembler d’avoir moins que princes et régents.

 

Je promets d’épargner les océans, les arbres,

 

Les bêtes, les humains, leurs œuvres et leurs marbres.

 

                        **********

 

 

 

               Le travail des enfants

 

 

 

Dans cet affreux pays, on faisait travailler

 

Les enfants, les petits, et dès le plus jeune âge.

 

À trois ans et demi, ceux-là, avec courage,

 

Éteignaient les mégots, crachaient au cendrier.

 

 

 

À cinq ans, un garçon ouvrait et refermait

 

Mille fois les tiroirs de lourds meubles de chêne,

 

Une fille devait, à six, sept ans à peine,

 

Agiter des yaourts, faire mousser le lait.

 

 

 

Plus tard on devenait allumeur de télés,

 

Nettoyeur de crapauds ou bien lécheur de vitre.

 

Certains faisaient encore annonceur de chapitre,

 

Et d’autres, racoleur de bidules fêlés.

 

 

 

On employait ici un gratteur de trous d’ nez,

 

Et, pour humidifier un système d’alarmes,

 

Un grand postillonneur ou un mouilleur de larmes.

 

Quoi ! Ne riez pas ! Peut-être y êtes-vous nés ?

 

                        **********

 


                         L’enfant Juive

 

 

 

Comme elle m’a ému, la petite enfant Juive

 

Avec ses yeux d’eau noire, ses longs cheveux nattés.

 

Il suffisait, enfin, que mon regard la suive,

 

Pour que mes sentiments fragiles soient hantés.

 

 

 

Comment ne pas penser à Hanna et aux autres,

 

Tous les enfants figés et qui furent si gais,

 

Comme tous après tout, si semblables aux vôtres,

 

Et si tristes pourtant, vaincus, l’œil aux aguets.

 

 

 

On n’aime pas la mort, le viol, ni la torture :

 

Mais la sensiblerie de nos pauvres esprits

 

Supporte d’autant moins la Douleur et l’Ordure

 

Quand un petit, hélas !, en paie le premier prix.

 

 

 

C’est notre propre vie, notre rêveuse enfance

 

Qui est salie au vif par ces actes odieux.

 

Et comment accepter l’idée de la violence

 

Devant cette enfant Juive et ses si jolis yeux.

 

                        **********

 

 

 


 

 

Par Thierry Prellier - Publié dans : FANTIN
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Jeudi 8 février 2007

VII      ÉCOLE

 

 

 

 

 

               La rentrée des classes

 

 

 

Nous serons là, demain, nous, les petits élèves,

 

Le cœur plein de soleil, l’âme pleine de rêves.

 

Là, nous nous assoirons, sous la grande clarté

 

De la fenêtre ouverte. Après avoir chanté

 

Ensemble, à pleine voix, autour de la guitare,

 

Dit une poésie, cherché un mot bizarre,

 

Nous nous resserrerons, attentifs, silencieux,

 

Tout près du maître qui lira, l’air mystérieux,

 

Un conte ou un récit. Puis : les jeux, l’écriture,

 

Les collages, l’argile, et deux doigts de peinture,

 

Les poupées et le train, les ballons, les cerceaux,

 

Tante de choses encore où nos petits cerveaux

 

Se construisent un peu. Alors, après l’école,

 

À l’heure des câlins, à l’heure où l’on cajole,

 

Blottis dans le giron de qui nous aime tant,

 

Caressants, rassurés, le regard clignotant,

 

Nous dirons : « Aujourd’hui, c’est le jour de rentrée.

 

La maîtresse est gentille ; on l’a tous adorée. »

 

Nous dirons : « Aujourd’hui, j’ai appris... j’ai appris... » 

 

Sans savoir expliquer tout ce qu’on a compris.

 

Mais nous aurons grandi, heureux de notre enfance,

 

Pensant à la maîtresse, et au maître, en confiance.

 

                        **********

 


                La vieille école

 

 

 

Je ne veux plus aller, ce matin,  à l'école.

 

Je n'y retrouve rien de ce qui m'y plaisait :

 

Il n'y a plus les craies, ni l'odeur de la colle,

 

Ni la cloche ni les plumes qu'on suçotait.

 

 

 

Le maître n'écrit plus en ronde ou en anglaise,

 

Il a quitté le gris de sa blouse en coton.

 

Mon pupitre de chêne, accroché à sa chaise

 

A disparu aussi ; et puis le poêle, au fond.

 

 

 

Les buvards, les bavards, le honteux bonnet d'âne,

 

Les cartes des reliefs, les mesures, les poids,

 

La vieille Roberval le et le morceau de crâne,

 

Inquiétant, poussiéreux, sur l'étagère en bois.

 

 

 

Les gommettes, les sous, les billes et la ronde,

 

Les pleins et les déliés. Il n'y a donc plus rien !

 

    Mais quel tableau fais-tu, pauvre ancien ? Et quel

 

 Crois-tu, en ces années passées, était le tien ?    [monde

 

 

 

Oh ! Bien sûr, c'est joli, le vieux  musée d'école.

 

Mais souviens-toi quand même ! Il faisait froid, souvent.

 

Les livres étaient gris. Tu n'avais la parole

 

Que pour bien réciter : « Silence dans le rang ! »

 

 

 

Te rappelles-tu, dis ? Tes maîtres trop sévères,

 

(Pas tous, bien sûr !) et pas toujours justes non plus ?

 

Les punitions tombaient. Mais, (c'est normal), tu préfères

 

Les souvenirs  des jeunes ans, bien révolus.

 


Mais l'école, aujourd'hui, est toujours aussi belle.

 

Crois-moi ! Et les enfants, le cœur émerveillé,

 

Moissonnent comme toi leur mémoire éternelle.

 

On les fait vivre et lire, et aussi travailler.

 

 

 

La jeunesse n'est pas, ce matin, éperdue.

 

La classe où l'on voudrait retourner volontiers,

 

C'est celle de l'enfance, elle n'est pas perdue

 

Elle existe toujours, pour tous les écoliers.

 

                        **********

 

 

 

    Supplique pour une lecture

 

 

 

Oh ! Ce livre, ce livre !

 

Oh ! Lis-le, s’il te plaît.

 

Tu verras comme il est

 

Plein de voix, plein de vivre.

 

 

 

Oh ! Puisses-tu me suivre

 

Dans mes rêves, où les

 

Sentiments incomplets

 

Me rendent folle et ivre.

 

 

 

Puisses-tu ressentir

 

Des plaisirs pleins de rages,

 

Buvant sans repentir,

 

 

 

Ainsi que moi, ces pages,

 

Partageant (je t’en prie)

 

Ces mots, cette furie.

 

                        **********

 


    Au petit magasin

 

 

 

Au petit magasin,

 

En face de l’école,

 

J’ai trouvé du fusain,

 

Des craies et de la colle.

 

 

 

Et, pour toi, sans un bruit,

 

Sur une page blanche,

 

J’ai dessiné la nuit,

 

Le jour et le dimanche,

 

 

 

Le portrait de l’amour,

 

Le dessin de la vie

 

Avec des cœurs autour

 

Et mes grains de folie.

 

                        **********

 

 

 

                   Mes petits élèves

 

 

 

Le maître : 

 

« Que je vous aime, tous, vous mes petits élèves !

 

Avec vos airs curieux, vos yeux levés au ciel,

 

Vos rires et vos cris... vos silences, vos rêves,

 

Vos dessins de bonheur envahis d’arcs-en-ciel ! »

 

 

 

Tous les élèves :  

 

« Et comme nous t’aimons, nous aussi, notre maître !

 

Toi, vieil instituteur qui sais si bien chanter,

 

Raconter, inventer, qui sais nous reconnaître,

 

Chacun, à son sourire, et tous nous écouter ! »

 

 

Le maître   

 

«  Que vous êtes jolis ! Quels cœurs, et quels visages !

 

Des grands et des petits, des brunes et des blonds ;

 

J’en vois de toutes les couleurs, et de tous âges !

 

Je n’oublierai jamais vos traits ni vos prénoms. »

 

 

 

Un enfant :  

 

« Ma maman se souvient d’une ancienne maîtresse

 

Qui lui avait appris à jouer, à grandir ;

 

Je penserai aussi à toi, c’est ma promesse,

 

Même si l’an prochain il nous faut repartir. »

 

 

 

Le maître : 

 

« Que j’aime vos regards, le feu de vos paroles,

 

Lorsque mille questions jaillissent tout à coup !

 

Que j’aime vos douceurs et vos tendresses folles

 

Lorsque vous câlinez, suspendus à mon cou ! »

 

 

 

Tous les élèves :  

 

« Nous adorons ta voix, tes gestes qui enchantent

 

En dessinant des mots, ces moments attendus

 

Où tu viens te pencher sur nos mains hésitantes

 

Nous aidant à tracer des graphismes ardus. »

 

 

 

Le maître : 

 

« J’aime vos airs frondeurs, vos joies, vos chahuts même,

 

Et si je gronde un peu quand on fait trop de bruit

 

C’est de peur que l’on croie que l’on s’est mal conduit.

 

Mais, bon sang ! mes petits, oh combien je vous aime !

 

                        **********

 


          Les poésies du matin

 

 

 

Dans la 403 bleue, nous partions à l’école.

 

Parmi les embarras de la circulation

 

J’apprenais à la hâte une récitation :

 

Une scène, un sonnet, une simple parole.

 

 

 

Te souviens-tu combien, d’une façon bien folle,

 

Nous enchaînions de vers avec obstination,

 

Heureux de faire entendre ensemble la scansion

 

( Dans le bruit des moteurs, les odeurs de pétrole )

 

 

 

Des rimes de Hugo, de Musset, de Racine :

 

L’Ode à Cassandre ou la Ballade des pendus.

 

Chaque matin, ainsi, nous étions assidus.

 

 

 

Et quand nous cheminons, sur la plage voisine

 

Aujourd’hui, nous savons encore, quelquefois,

 

Déclamer un poème, ensemble, à haute voix.

 

                        **********

 

 

 

              Apprendre la récitation

 

 

 

Les deux filles avaient à apprendre, par cœur,

 

Les quelques premiers vers d’un sonnet de Verlaine :

 

Un sonnet simple et tendre où l’enseigne « au Bonheur »

 

S’accrochait à l’auberge accueillante et sereine.

 

 

 

Je me fis, tout d’abord, à haute voix, lecteur

 

Pour dessiner les lieux, la maison et la plaine.

 

J’y mettais l’enthousiasme (avec quelle candeur !)

 

Des professeurs d’antan : la « foi républicaine » !

 

 

 

Les enfants, étonnées par ma récitation

 

Avaient les yeux brillants, chacune très émue.

 

« C’est toi qui l’a écrit, Maître ? » Ah ! Quelle question !

 

 

 

«Ce n’est pas moi ; c’est Paul. Mais mon âme se mue

 

En celle du poète. » En répétant ses mots

 

Mes élèves ravies les apprirent bientôt.

 

                        **********

 

 

 

 

 

        Le point de vue de l’écolier

 

 

Non, je ne t’en veux pas ! Ce n’est pas un esclandre !

 

Mais si tu prends plaisir à écrire des vers,

 

Nous autres écoliers, sans un mot de travers,

 

Devons mémoriser, et que c’est long d’apprendre !

 

 

 

C’est dur, la poésie ( tu peux bien le comprendre ! )

 

Et parfois c’est confus : j’en oublie, je me perds...

 

Quand je la sais, bien sûr, c’est comme un univers

 

Que je détiens en moi, à la dire, à l’entendre.

 

 

 

Mais que c’est difficile, au début, d’ânonner.

 

Il faut mettre le ton, répéter une phrase,

 

Ne pas manquer tel mot, reprendre, tâtonner.

 

 

 

Quand je récite, enfin, quel plaisir, quelle extase !

 

J’ai presque l’impression que c’est moi qui écris,

 

Et je suis bien heureux(se), alors, d’avoir appris.

 

                        **********

 


                  Va apprendre ton poème !

 

 

 

     As-tu lu ton poème ?

 

     Je ne l’apprendrais pas.

 

     Allons ! Lis-le quand même.

 

     Ça ne m’intéress’ pas

 

     Pourtant, souvent tu aimes

 

Ces petits textes là ?

 

     Aujourd’hui, j’ai la flemme…

 

     Ne parle pas comm’ ça !

 

Ça fait par trop bohème.

 

     Oui, mais moi je n’aim’ pas…

 

     Bon ! Tu lis ton poème…

 

Je me fâche ou quoi ? Va !

 

     J’y vais. Mais dis, quand même

 

Ça sert à quoi tout ça ?

 

Chaque fois, les poèmes,

 

On ne les récit’ pas,

 

Ou à la mi-carême,

 

Ou à la saint gla-gla

 

     Saint-glinglin ! Enfin même

 

Que tu récit’s ou pas

 

Tu apprends ton poème.

 

     J’ m’en fich’ Je l’ sait déjà !

 

                        **********

 


            Lire ! Lire !

 

 

 

Eh ! Qu'on me laisse lire,

 

C'est tout ce qu'il me faut !

 

Encore un conte, un mot,

 

Une image en délire,

 

 

 

Un roman pour de rire,

 

Ou pour pleurer plutôt,

 

Un poème tout chaud,

 

Un jeu, une satire...

 

 

 

Laissez-moi un instant

 

Dans mon rêve, hésitant

 

Parmi les personnages :

 

 

 

Les bons, les sans aveu,

 

Les tout fous et les sages...

 

Laissez-moi lire un peu !

 

                        **********

 

 

                    Rue des écoles

 

 

 

Dans la rue des écoles

 

Il y a des enfants

 

Qui jouent et qui rigolent

 

Et s’en vont sifflotant.

 

Il y a des fillettes,

 

Nez en l’air, cœur au vent,

 

Babillant des sornettes,

 

Des serments émouvants

 

Par Thierry Prellier - Publié dans : FANTIN
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Jeudi 8 février 2007

  VI      ENFANTS

 

 

 

 

                        Endormissement

 

 

Tu me dis, chaque soir : « Papa, papa ! Tu chantes ? »

 

Alors, nous fredonnons ensemble un vieux refrain,

 

Une berceuse douce, ou un canon sans fin.

 

Et, de ta voix fragile, et voilée, tu m’enchantes.

 

 

 

Tu poses, sur ta peau, sur ton ventre brûlant,

 

Mes doigts lourds et feutrés qui te frôlent à peine.

 

Tu têtes en secret ton pouce chaud. Sereine,

 

Tu t’endors à moitié, le souffle un peu tremblant.

 

 

 

Et puis nous bredouillons des caresses brouillonnent,

 

Nos lèvres, à tâtons, chiffonnent des bisous,

 

Murmurant des bonsoirs et des sourires doux.

 

 

 

Je m’en vais, silencieux, et tu te pelotonnes

 

Tout au creux de ton lit, savourant le plaisir

 

De tes rêves d’enfant qui viennent te saisir.

 

                        **********

 


    Je connais mes enfants

 

 

 

Je connais mes enfants.

 

Ils ont l'œil en sourire,

 

Des cris bouleversants

 

Quand sonnent leur fou rire.

 

Et, les cheveux aux vents,

 

Effrontés, en délire,

 

Ils s'en vont, cœurs battants,

 

Se moquant du satyre.

 

 

 

Je connais mes gamins.

 

Ils ont quelque tendresse

 

Pour les chants, les refrains,

 

Les gestes en caresse

 

Qui promènent leurs mains.

 

Ils offrent leur jeunesse

 

Pour qu'on y gagne enfin

 

Des parfums en ivresse.

 

 

 

Je connais mes loupiots.

 

Ils ont le cœur volage,

 

Ils boivent aux goulots

 

Et crachent au passage.

 

Mais leurs baisers brûlots,

 

(Amour ? Enfantillage ?)

 

Embrasent des sanglots

 

Chez le fou et le sage.

 

 

 

 Je connais mes bambins.

 

Leur visage d'eau pure,

 

Leurs regrets incertains

 

Quand, pourtant, rien ne dure.

 

Les rêves enfantins

 

Qui sont dans leur nature

 

Et les souffles sans fins

 

De leurs voix en murmure.

 

 

 

Je connais mes petits.

 

Ils ont l'air de renaître

 

Aux jeux des infinis

 

Où leur corps s’enchevêtre.

 

Audacieux, insoumis,

 

Ouvrant une fenêtre,

 

Ils lancent des défis

 

Et s'apprêtent à être.

 

 

 

Je connais mes enfants.

 

Leurs regards, leur démence,

 

Les gestes élégants

 

De leur fragile danse.

 

Ils savent que les grands

 

Ont un peu d'innocence

 

Et beaucoup de tourments.

 

Mais c'est sans importance.

 

                            **********

 


                 Cérémonie du soir

 

 

 

D’abord, dire bonsoir aux amis qui sont là.

 

Se rendre dans la chambre et fermer les volets.

 

Ôter ses vêtements en écoutant un disque.

 

Mettre son pyjama. Ranger deux trois bricoles.

 

 

 

 Puis grimper à l’échelle et s’asseoir sur le pot

 

Pour faire un p’tit pipi. Se rouler sur le lit.

 

Se cacher dans les draps en criant à tue-tête,

 

Et se loger enfin sous la couette bien douce.

 

 

 

Après quoi, raconter encore un peu l’école,

 

Les copains, la récré, la maîtresse. Et mamie,

 

Aussi, qui doit venir dimanche, en autobus.

 

Et le bobo au doigt, mais « ce n’est pas bien grave ».

 

 

 

Ensuite, ouvrir le livre et lire un conte ou deux :

 

Les Trois Brigands, Titou ou Le Petit Indien.,

 

Les Trois Ours, Le Vieux Train, La Fête d’Alima.

 

Puis refermer le livre et éteindre la lampe.

 

 

 

Alors, chanter un peu en se tenant la main

 

Au clair de la li la lune ou Adieu Foulards.

 

Puis semer des bisous sur les joues, sur les lèvres,

 

En disant : « Bonne nuit ! Dors bien ! Fais de beaux                                                                                               [rêves ! »

 

 

 

Penser à la porte qui doit être entrouverte.

 

Ne plus faire de bruit, ouvrir au chat Mina.

 

À ce moment, crier pour demander maman

 

Et un dernier bisou. Et puis papa aussi.

 

 

 

Alors, tousser un peu pour avoir du sirop.

 

Réclamer un peu d’eau parce qu’on a très soif.
Se relever deux fois pour refaire pipi.

 

Perdre le lapin jaune, et le mouchoir câlin.

 

 

 

Enfin, se recoucher. Se lover, bien en rond,

 

Le pouce dans la bouche et le souffle léger.

 

S’endormir sans savoir que papa reviendra

 

Dans la nuit, redonner un baiser. ( Ou maman ! )

 

                        **********

 

 

 

           Enfant jolie

 

 

 

Enfant jolie aux yeux de nuit,

 

Aux yeux de rêve d'aujourd'hui,

 

Prends-moi un peu par le regard,

 

Promène-moi vers le hasard.

 

 

 

Enfant jolie aux yeux de sable,

 

Aux yeux de terre insaisissable,

 

Prends-moi toujours par émotion,

 

Emporte-moi sans condition.

 

 

 

Enfant jolie aux yeux d'espoir,

 

Aux yeux de ciel, d'ombre et de noir,

 

Prends-moi encore à tes sourires

 

Et conduis-moi où tu soupires.

 

                        **********

 

 

 

          Je me ferai petit

 

 

 

Je me ferai petit pour que tu me cajoles,

 

Je me ferai chagrin pour que tu me consoles.

 

Je pleurerai sans fin pour baigner de mes pleurs

 

Tes lèvres et tes mains et toutes tes douceurs.

 

 

 

Je me ferai petit pour que tu me protèges,

 

Que tu me purifies au parfum de tes neiges.

 

Je sourirai sans cesse à tes regards furtifs,

 

J’ouvrirai ma caresse à tes jeux allusifs.

 

 

 

Je me ferai petit pour que tu me dévores,

 

Que tu mordes ma chair, et me boives, et m’adores.

 

Je poserai mon front sur tes mains en berceau

 

Pour dormir et mourir et rêver à nouveau.

 

                        **********

 

 

 

   Un ange de Botticelli

 

 

 

Petite Raphaëlle

 

Toute nue, toute belle,

 

Couchée dans l'eau du soir.

 

Raphaëlle jolie,

 

Dans mes bras, endormie,

 

Telle un feu dans le noir.

 

 

 

Petite Raphaëlle

 

Toute crue et cruelle,

 

Bercée par mes histoires.

 

Raphaëlle jolie,

 

Dans mon cœur, assoupie,

 

Telle un bijou d'ivoire.

 

 

 

Petite Raphaëlle

 

Tout émue, toute en ciel,

 

Sur une balançoire.

 

Raphaëlle jolie,

 

Dans ma main arrondie

 

Telle un soleil d'espoir.

 

                        **********

 


                            La photo rituelle

 

 

 

Je n'ai pas apporté, cette année, d'appareil

 

Pour te photographier sous le dernier soleil.

 

Pourtant, je n'oublie pas ton petit air espiègle,

 

J'encadre ton regard, proprement, à la règle,

 

Toujours le même plan : visage noir et blanc,

 

Ainsi qu'un rituel très simple et très charmant.

 

Nous ne nous voyons pas durant toute l'année

 

Et ce n'est qu'au couchant d'une longue journée

 

Que je retrouve, enfin, tes rêves enfantins.

 

Nous nous sommes baignés dans les creux argentins

 

De la Sorgue glacée, à la brune, en famille :

 

Pierrot, Jojo et toi, seule petite fille.

 

Je t'ai tenue un peu pour t'aider à nager

 

Dans le courant. Puis, la nuit, nous avons mangé

 

Au jardin. Tu m'as dit : « Prends ta guitare. Joue ! »

 

Et quand tu t'es couchée, tu m'as baisé la joue.

 

Ce matin, je m'en vais. Soudain, je m'aperçois :

 

Je n'ai pas mon boîtier. C'est bien la seule fois

 

Que je ne prendrai pas (regard avunculaire)

 

La photo rituelle, ô ma joie éphémère !

 

                        **********

 

 

             Manon de Roumoules

 

 

 

Est-ce une jeune fille ? Ou encore une enfant ?

 

Elle est à la fenêtre, au-dessus, à l'étage,

 

Et moi, sur la terrasse, à l'abri d'un ombrage,

 

Je lève mes regards vers elle en écrivant.

 

 

 

Elle parle en arrière, avec son bel accent :

 

Cet accent du midi si chantant si volage.

 

Une amie, dans son dos la recoiffe et enrage

 

De la sentir bouger sans cesse en se penchant.

 

 

 

Comme elle me sourit ! Comme elle me regarde !

 

Tout est si naturel. Je lève mon crayon.

 

J'écris ces quelques vers. De nouveau je hasarde

 

 

 

Mes yeux vers la petite. Elle est dans un rayon,

 

Auréolée de blond. Elle rit, pas farouche

 

Pour un sou. Le soleil scintille sur sa bouche.

 

                        **********

 


                        Nina

 

 

 

La petite Nina est là, dans le torrent,

 

Si jolie qu'on croirait une fée des fontaines :

 

Ventre nu, jambes nues, elle va, sautillant

 

De flaques en rochers. Sur les rives les reines-

 

 

 

Des-prés, dans le soleil désormais déclinant,

 

Agitent des parfums qui consolent les peines

 

Des cœurs désappointés. La belle, se penchant,

 

Puise, dans ses deux mains, des giflées d'eau, sereines,

 

 

 

Qu'elle projette en l'air. En riant vers le ciel,

 

La Naïade, l'enfant, l'inconnue Demoiselle,

 

Me prête un peu ses yeux, son sourire essentiel.

 

 

 

Mais elle va partir, disparaître, éternelle

 

Passagère de ma joie. Je la retrouverai

 

Dans mes rêves secrets. Et je l'adorerai.

 

                        **********

 

 

                 Le lit jaune

 

 

Lorsque je viens te voir dormir dans ton lit jaune

 

Je suis heureux, ému, et passionné aussi.

 

Je prends ta petite chaise et je reste assis

 

Bien longtemps près de toi. Tout grimaçant, le faune

 

 

 

De Picasso, sur une affiche, épie nos gestes.

 

Je pose mes doigts lourds sur tes cheveux si fins,

 

Je caresse ta joue, je frôle tes parfums

 

D’enfance et d’infini. Toi, tu dors, et tu restes

 

 

 

Tranquille sous mes yeux muets, fermés dans l’ombre

 

Où se noie un bonheur rassasié et pourtant

 

Insatiable. Il est tard et je vais, maintenant,

 

 

 

Rejoindre ta maman. Mes baisers fous, sans nombre,

 

Éclaboussent ta peau. Je remonte ton drap,

 

Et je sors, silencieux, comblé que tu sois là.

 

                        **********

 


   Intelligence juvénile

 

 

 

Ça pense, ça turbine,

 

Ça raisonne là-haut !

 

C’est un sacré cerveau

 

Qui roule, qui gingine.

 

 

 

Quand ça me turlupine,

 

Travaillant du chapeau,

 

Je me dis : « C’est trop beau

 

Pour qu’on se l’imagine ! »

 

 

 

Il y a, là-dedans,

 

Au fond de ma caboche,

 

Tout le génie d’un mioche.

 

 

 

Bien sûr ! C’est évident !

 

Ça palpite, ça pense,

 

Ça déborde d’enfance !

 

                        **********

 

 

 

 

 


 

 

Par Thierry Prellier - Publié dans : FANTIN
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Jeudi 8 février 2007

V      JEUX ET AUTRES  MOMENTS

 

 

 

  

 

        Fleur de main

 

 

Ma main est une fleur.

 

Mes doigts sont les pétales.

 

Le pouce sur ton cœur,

 

Sur tes baisers d’opale.

 

L’index sur ton menton,

 

Sur ta joue, sur ton front.

 

Le majeur en caresse,

 

Dans tes cheveux s’empresse.

 

L’annulaire, taquin,

 

Suis ton cou. Et enfin,

 

Voici l’auriculaire,

 

Quand ton regard s’éclaire,

 

Qui pose sur tes yeux

 

Un secret mystérieux.

 

                        **********

 

 

 

 

 

           Portrait dans un jardin

 

 

 

La fillette cherchait, dans les buis, son ballon.

 

C'était l'après midi, au jardin de Bécon.

 

J'étais assis à l'ombre, en face de la Seine;

 

Dans l'air montait l'odeur des thyrses de troène.

 

 

 

Comme elle était gracieuse, ainsi autour du bois,

 

Fouillant dans le taillis, tendant ses petits doigts !

 

Sa blouse et son jupon, d'une blancheur de lune,

 

Se soulevaient parfois sous la brise opportune.

 

 

 

Sur mon banc, sans un mot, je contemplais l'enfant.

 

Immobile, figé, tel un extravagant,

 

J'essayais de croquer, avec mon stylo-bille

 

La précieuse expression de la petite fille.

 

 

 

Elle s'était glissée, d'abord, dans le taillis,

 

Avait froissé les fleurs, les feuilles en fouillis.

 

Puis, comme se ravisant, à croupetons penchée,

 

Elle avait attrapé la balle dénichée.

 

 

 

J'aurais voulu tenir un appareil photo

 

Et capter mille vues, pour saisir le tableau.

 

(Vous-mêmes n'avez-vous, en regardant la vie,

 

Un désir possessif, une violente envie ?)

 

 

 

Un parfum de tilleul venait d'un peu plus loin.

 

Je dessinais encore, avec beaucoup de soin.

 

La fillette curieuse, observant mon manège,

 

S'approcha sans façon et partagea mon siège.

 

 

 

Elle semblait ravie de ce petit portrait.

 

Alors, le cœur battant, je le lui proposai.

 

La petite, en courant, emporta son image.

 

Il ne me reste plus qu'un rêve, qu'un mirage.

 

                        **********

 


Elle s'élance

 

Et se balance

 

C'est une danse

 

La balançoire

 

Vole ce soir

 

Comme un espoir

 

À tes côtés

 

Je viens flâner

 

Je viens rêver

 

Nous sourions

 

Nous chantonnons

 

Nous bavardons

 

Et tu me dis

 

Toute ta vie

 

Toute ta nuit

 

Je te décris

 

Toute ma nuit

 

Toute ma vie

 

Conversation

 

J'aime le ton

 

De tes chansons

 

Révélation

 

Blottis au fond

 

De ton cocon

 

Déclaration

 

J'aime le fond

 

De tes visions

 

Conversations

 

Glissent le long

 

Des inventions

 

                                  **********

 


        Un bonsoir

 

 

 

Elle lisait, elle écrivait,

 

Lorsque je suis entré.

 

Posant son livre à son chevet

 

Elle s'est retournée.

 

 

 

Je la revois... Elle est assise

 

Sur son lit, bien installée,

 

Vêtue d'une grande chemise,

 

Les pieds emmitouflés.

 

 

 

Elle relève, lentement,

 

Son visage étonné,

 

Gardant sa tête, drôlement,

 

Penchée sur le côté.

 

 

 

Elle ouvre tout grands ses yeux gris

 

Simulant la surprise.

 

De son regard elle sourit

 

Et son œil clair s'irise.

 

 

 

De l'autre côté elle incline

 

Son visage narquois.

 

Elle plisse le nez, dessine

 

En l'air, avec ses doigts.

 

 

 

Alors, elle me tend les mains,

 

Et, quand je suis près d'elle,

 

Me couvre de baisers câlins.

 

Et ses yeux étincellent.

 

                        **********

 

 

 

                      Balance-soir

 

 

 

Des cheveux blonds

 

Des cheveux bruns

 

Le soleil fond

 

Dans le lointain

 

Et tout en haut

 

Et tout en bas

 

 

 

Deux grands sourires

 

Qui se font face

 

Et puis les rires

 

Prennent la place

 

Et tout en haut

 

Et tout en bas

 

 

 

Les mains serrées

 

Sur le cordage

 

La joie chantée

 

Par les visages

 

Et tout en haut

 

Et tout en bas

 

 

Les corps ondulent

 

Dans l'ombre tiède

 

Vont et reculent

 

Souples et raides

 

Et tout en haut

 

Et tout en bas

 

 

 

Je vous élance

 

Toutes les deux

 

Je vous balance

 

Je suis heureux

 

Et tout en haut

 

Et tout en bas

 

 

 

Le soleil doux

 

Vous éclabousse

 

Teintant de roux

 

Vos deux frimousses

 

Et tout en haut

 

Et tout en bas

 

                        **********

 


 

 

Par Thierry Prellier - Publié dans : FANTIN
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Jeudi 8 février 2007
IV  AMOURS ET AMITIÉS

 

 

               Douze baisers

 

 

 

Mes baisers papillons de paupière à paupière,

 

Mes baisers eskimos pour ton petit nez froid,

 

Mes baisers crocodile en te mordant le doigt

 

Et mes baisers d'amour sur ton cœur en lumière.

 

 

 

Mes baisers éléphant oreille contre oreille,

 

Mes baisers bouquetin en se cognant le front,

 

Mes baisers de barbier au bout de ton menton

 

Et mes baisers d'amour sur ta lèvre vermeille.

 

 

 

Mes baisers de chaton frôlement de visages,

 

Mes baisers du grand monde esquissés sur ton gant,

 

Mes baisers implorés à ton pied élégant

 

Et mes baisers d'amour pour tes sourires sages.

 

                        **********

 


               Passez. Passez

 

 

Passez. Passez jolie jeune fille inconnue.

 

Vous êtes la millième et, toujours pour mon cœur,

 

C’est la première amour. Le nouveau est vainqueur,

 

Et je choisis toujours la dernière venue.

 

 

 

Donnez-moi votre rire et vos yeux en caresse.

 

Donnez-moi vos hasards et votre petit nom,

 

Et le secret parfum qui flotte, brun ou blond,

 

Sur vos cheveux fleurés en passager d’ivresse.

 

 

 

Passez. Passez jolie. Je vous aime passante

 

Pour un regard si court, un sourire perdu.

 

Je vous emporterai dans ma folie flottante,

 

 

 

Mon rêve évanescent, mon désir entendu.

 

Je cueillerai les fleurs que votre complaisance,

 

Lorsque vous me croisez, offre à mon inconstance.

 

                        **********

 

 

 

        Cueillette

 

 

 

Je cueille vos sourires

 

Comme on vole des fleurs.

 

Pour les jolis bonheurs

 

Des jardins purs ou pires

 

 

 

Je cueille vos visages

 

Comme on fixe le ciel.

 

Qu'on se brûle au soleil

 

D'une insatiable image.

 

 

 

Je cueille vos regards

 

Comme on croque une fraise.

 

Comme on souffle une braise

 

Par bonheur, par hasard.

 

 

 

Je cueille vos frissons

 

Comme on creuse le sable.

 

Sous la lune friable

 

Par des nuits sans soupçons.

 

               **********

 


     En tous tes rêves

 

 

 

Je t’aime en tous tes âges,

 

En toutes tes saisons.

 

J’aime tous tes visages

 

Par folies, par raisons.

 

 

 

Petite fille ou femme,

 

Jeunesse aux yeux ardents

 

Et même vieille dame,

 

Je t’aime tout le temps.

 

 

 

Je t’ai aimé sans doute

 

Avant. Oh ! bien avant

 

Que je croise ta route

 

Je t’aimais en rêvant.

 

 

 

Je t’aime pour ton rire

 

Et malgré tous nos pleurs ;

 

Je devrais ne rien dire

 

Qu’en langage des fleurs.

 

 

 

J’aime notre existence,

 

Nos matins et nos soirs,

 

Notre chemin d’enfance

 

Pleins d’esprit et d’espoir.

 

 

 

Je t’aime en tous tes rêves

 

En toutes tes passions ;

 

Je t’aime et tu m’élèves

 

Au jeu des sensations.

 

                        **********

 


 

 

 

                   Serment d’ami(e)

 

 

 

Lui

 

— Approche donc, viens là. Nous avons l’occasion

 

De dire des mots forts, sans gesticulation.

 

 

 

L’autre

 

— J’ai un peu peur, vois-tu. Je n’ai pas ta faconde ;

 

Je ne sais pas quoi dire et, devant tout le monde...

 

 

 

Lui

 

— Laisse donc ! Au contraire, ils seront bien contents,

 

Les autres de nous voir, toi et moi. Il est temps !

 

 

 

L’autre

 

— Chacun, bien sûr, le dit... qu’on s’entend bien ensemble

 

Que nous sommes ami(e)s. Ça se sait, il me semble.

 

 

 

Lui

 

— Bien sûr mais, aujourd’hui, ce texte théâtral

 

Nous permet de le jouer devant tous. C’est génial !

 

 

 

L’autre

 

— Tiens ! Donne-moi la main. Ne dis plus rien. Écoute !

 

On s’aime bien, c’est sûr ; ça ne fait aucun doute.

 

                        **********

   

       Mon plus joli poème

 

 

Mon plus joli poème,

 

Je ne peux te l'écrire.

 

Je peux juste te dire

 

Qu'il te dit que je t'aime.

 

Mon plus joli poème est tissu de ces mots

 

Que nous n'avons pas dits. Il est peuplé de nuit

 

Et des mille frissons qui ont couru, sans bruit,

 

De ton épaule brune à ta cuisse en fuseau.

 

 

 

Mon plus joli message,

 

Je le garde secret.

 

C'est un souffle discret

 

À fleur de ton visage.

 

Mon plus joli message est fait de ces mots-là

 

Qui ne sont pas marqués, que je n'ai pas tracés,

 

De ces mots oubliés avant d'être inventés,

 

De ces mots que l'on vit mais que l'on n'écrit pas.

 

 

 

Ma plus jolie chanson,

 

Je ne sais la jouer.

 

Elle n'a pas de clef,

 

Elle est dans tous les tons.

 

Ma plus jolie chanson est remplie de ta voix.

 

Ta voix qui est gravée dans mon cœur magnétique

 

Se mêle mélodieuse à la sourde rythmique

 

De nos sangs confondus psalmodiant notre émoi.

 

 

 

Mon plus joli poème,

 

Je ne peux te l'écrire.

 

Je peux juste te dire

 

Qu'il te dit que je t'aime.

 

Mon plus joli poème est ton rire éclatant,

 

Ta joie, à bout portant, tes lèvres sur mes yeux,

 

Ton sourire posé sur mes baisers heureux

 

Et ta joue qui s'appuie à mes doigts caressants.

 

                            **********

      Dentelles

 

 

 

 

Dentelles de pudeur

 

Couvrez les nudités

 

De nos amours en fleur

 

Et de nos amitiés

 

 

 

Nos âmes seront sœurs

 

Pour une éternité

 

Nos rires de bonheur

 

Jailliront éclatés

 

 

 

On s'aime par amour

 

Par amitié par cœur

 

On s'aime pour toujours

 

 

 

Pour un instant trop court

 

Et les baisers rêveurs

 

Dureront tout le jour

 

                        **********

 


                    Le désir d'offrir

 

 

 

Je voudrais te donner des milliers de présents.

 

Je voudrais te donner ma vie, mon cœur, mon sang.

 

Je voudrais, chaque nuit, de toute éternité,

 

Être un cadeau pour toi, être une nouveauté.

 

Je rêve d'une fête immense et infinie

 

Où je pourrais t'offrir l'irréel, l'interdit.

 

Mais j'aimerais, sur tout, plus que toute richesse,

 

T'apporter, chaque jour, simplement, ma tendresse.

 

                        **********

 

 

 

               Deux rouges-queues

 

 

 Deux rouges-queues jolis, au creux du buisson vert,

 

    Poursuivent en piaillant

 

Leurs amours. Oubliées les rigueurs de l’hiver !

 

    C’est le temps, à présent

 

 

 

Des becquées de plaisir, des chahuts dans le ciel,

 

    Des vols ébouriffés

 

Parmi les chatons d’or et le poisseux de miel

 

    Des bourgeons éclatés.

 

 

 

Allez-y, mes oiseaux ! Caressez vos duvets

 

    De vos becs savoureux !

 

Profitez de la vie, les plaisirs sont parfaits

 

    Pour qui est amoureux !

 

                        **********

 


    Mon petit cœur

 

 

 

Mon petit cœur

 

Ma petit' joie

 

Ma petit' fleur

 

Ma vie, ma voie

 

 

 

Mon petit cul

 

Ma petit' reine

 

Ma petit' nue

 

Mon rir' ,ma peine

 

 

 

Mon petit diable

 

Ma petit' fée

 

Ma jolie fable

 

Mon odyssée

 

 

 

Ma petit' lune

 

Ma fière étoile

 

Ma petit' plume

 

Mon bleu, ma toile

 

 

 

Mon petit loup

 

Ma petite biche

 

Mon petit chou

 

Ma mie, ma miche

 

 

 

Mon petit or

 

Ma petit' bête

 

Ma petit' mort

 

Ma foll' ,ma fête

 

                        **********

 


 

 

 

     Au fond

 

 

Au fond du jardin,

 

J’ai planté du lin

 

Et un grand tilleul.

 

Quand viendra ma fin,

 

J’aurais un linceul

 

Et un beau cercueil.

 

 

 

Au fond du jardin,

 

J’ai creusé un trou.

 

J’y serai très bien

 

Pour être dissout,

 

Redevenir rien,

 

Du terreau, c’est tout.

 

 

 

Au fond de ton cœur

 

J’ai mis des poèmes,

 

Et tant que tu m’aimes,

 

Sois plein de chaleur,

 

Sois vivant, viveur,

 

Je vivrai quand même.

 

                        **********

 

 

      Les attentes

 

 

Je t’attends, je t’espère

 

Toujours, à tout moment.

 

Et si je vitupère

 

C’est pour faire semblant.

 

 

 

Je t’attends en voiture

 

Devant les magasins.

 

Qu’importe si ça dure,

 

J’ai toujours mes bouquins !

 

 

 

Je t’attends pour rentrer,

 

Pour partir au théâtre.

 

Je suis là, à piaffer,

 

Et tu te mets en quatre.

 

 

 

Je t’attends pour les clefs,

 

Les sous, le téléphone.

 

Je voulais appeler :

 

C’est occupé ! Ça sonne ?

 

 

 

Je t’attends, je regarde

 

Si c’est bien toi, là-bas.

 

Deux heures que je garde

 

Ton tour. Tu ne viens pas !

 

 

 

Je t’attends, je t’adore.

 

D’avance je frémis

 

Par Thierry Prellier - Publié dans : FANTIN
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