le Cafourniau de Thierry Prellier

     Thierry  Prellier  est :                                                                                                                                                                                                                            

* Maître d'école.

* Ramasseur de cailloux remarquables.

* Chanteur compositeur.

* Naturalisé Breton

* Poète, nouvelliste, romancier,

* Collectionneur de mots rares.

* Amoureux de sa femme.

* Directeur d'école.

* Abstème mais amateur de chocolat.

* Garennois de coeur, Courbevoisien d'élection.

* Polymorphe, polygraphe et plutôt poli.

* Humaniste et athé.

* Cycliste et piéton le plus souvent.

* Lecteur, nageur, siesteur mais insomniaque.

* Un peu têtu et de mauvaise foi, à l'occasion.

* Père d'une fille et d'un garçon.

 Et bien d'autres choses...

 

Jeudi 8 février 2007

 XII MAISONS ET PAYSAGES

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                  La maison de Fétigny

 

 

 

 

 

La maison est ancienne et montre une lézarde,

 

 

Les chambres n'ont plus rien que des meubles vieillis.

 

 

Le grenier poussiéreux n'est pas même en mansarde

 

 

Et les coffres crevés n'offrent que des fouillis.

 

 

 

 

 

La pièce où je me trouve était celle des maîtres.

 

 

Je suis dans un grand lit face à de vieux portraits.

 

 

Le balcon ferronné longe les deux fenêtres,

 

 

Leurs battants sont ouverts, au loin on voit les crêts.

 

 

 

 

 

Le cimetière, en face, accompagne l'église.

 

 

À l'endroit où je dors sont nés plusieurs enfants;

 

 

Dans ces draps, la grand'mère est morte sans surprise,

 

 

Dernière locataire, il y a bien dix ans.

 

 

 

 

 

Et, ce soir, je suis là, par hasard de passage.

 

 

Je pense à ces humains qui ont vécu ici,

 

 

Qui ont aimé, souffert, pleuré dans ce village :

 

 

Importants, comme moi, et labiles aussi.

 

 

                        **********

 

 

 

 

 

                 L'église de Fétigny

 

 

 

L'église est toute vide, oubliée, délaissée.

 

 

Elle sonne pourtant un semblant d'angélus

 

 

D'une cloche étonnée : quelques coups, tout au plus !

 

 

Sous les fonts baptismaux, la clef est là, glissée.

 

 

 

 

 

J'ai parcouru la nef, et sa voûte blessée,

 

 

La sacristie percluse, encombrée de tissus,

 

 

D'étoles dédorées. J'y découvre un Jésus

 

 

Rouillé, mité, mangé, et la Vierge froissée.

 

 

 

 

 

Le cimetière, autour, rayonne ses tombeaux:

 

 

(Les mortes et les morts ont de vieux noms, très beaux :

 

 

Célestine, Bernard, Hélène et Mathurin.)

 

 

 

 

 

L'un d'eux, tout blanc, porte une croix ruinée :

 

 

Marie Martgabriel, née en 1905,

 

 

Décédée un Noël, en sa seizième année.

 

 

                        **********

 

 


 

 

 

 

 

                          Le Marquis

 

 

 

 

 

Le père Pontoizeau est donc mort cet hiver !

 

 

On l’a trouvé couché, un matin, sous la neige,

 

 

Dans son petit jardin, à deux pas de la mer.

 

 

Ce n’était qu’un voisin, mais notre vie s’abrège

 

 

 

 

 

Toujours un petit peu quand s’en va un humain.

 

 

C’est le présent qui passe et le passé qui reste

 

 

Chaque jour plus ténu, jusqu’au dernier demain,

 

 

Sans qu’on puisse pourtant esquisser quelque geste.

 

 

 

 

 

Il venait souvent là, sur le petit sentier

 

 

Qui longe la maison et domine la plage,

 

 

Pour apprécier le vent d’un regard d’amitié.

 

 

Et puis, il repartait, en vélo, au village.

 

 

 

 

 

Tout le monde l’a vu, avec chèvre et cheval,

 

 

Allant à la pâture ou bien, pelle à l’épaule

 

 

Et béret sur le front, pédalant, machinal,

 

 

Jusqu'à son petit clos encombré d’un vieux saule.

 

 

 

 

 

Souriant et bavard, j’aimais le rencontrer.

 

 

On parlait du beau temps, des bateaux, de la pêche...

 

 

On parlait du bon temps... Il n’est jamais entré

 

 

Chez moi, ni moi chez lui. Je l’aimais bien, n’empêche !

 

 

                        **********

 

 


              De Lisieux à Honfleur

 

 

 

 

 

Il nous a raconté, le Papy de Lisieux,

 

 

Un peu de son enfance, avant la grande guerre,

 

 

Les lointains souvenirs d’une vie de misère :

 

 

Travaillant à douze ans et battu par son vieux.

 

 

 

 

 

La grande pharmacie, bien qu’il fît de son mieux,

 

 

Le patron lui flanquant son soulier au derrière...

 

 

Les virées en bateau pour le pauvre salaire

 

 

De crevettes grisées, petit mousse insoucieux.

 

 

 

 

 

Et moi qui l’aime tant le bassin de Honfleur,

 

 

Ses façades, noircies d’ardoises arrangées,

 

 

Ou bien peinturlurées d’une vive couleur.

 

 

 

 

 

Je verrai tout cela les prunelles changées.

 

 

Et Baudelaire aussi a séjourné là-bas !

 

 

Qu’il était émouvant, le grand-père, en tout cas.

 

 

                        **********

 

 

 

 

 

               De Concarneau à Pontaven       I

 

 

 

— Mais, que peux-tu bien faire, à Concarneau l'hiver ?

 

 

Il n'y a rien à voir ; il n'y a plus personne.

 

 

Il fait froid et il pleut. À quoi bon, donc, la mer

 

 

Quand les plages sont nues, que la ville frissonne ?

 

 

 

 

 

— Que m'importe le vent, la pluie et le désert ?

 

 

Je ne cherche, je crois, dans la cité Bretonne,

 

 

Qu'un peu de solitude. Assis sur le banc vert

 

 

Près de la Porte aux vins, je lis, ou je crayonne.

 

 


 Je regarde les gens ; je suis comme un stylite,

 

 

Isolé dans mon monde, exclus, presque insolite.

 

 

Je suis venu sans rien et je repars avec.

 

 

 

 

 

Sur le petit bateau, je fais mon seul voyage,

 

 

Traversant le passage, abordant Lanriec,

 

 

Heureux des mêmes jours sur le même rivage.

 

 

                        **********

 

 

 

 

 

            Concarneau à Pontaven      II

 

 

 

— Et Pontaven ! Le trou ! Tout pourri de touristes

 

 

En été, et si mort durant les mois d'hiver !

 

 

— Je n'y fais rien. Je m'assois sur le quai. La mer

 

 

Est haute à cette heure, et les mouettes sont tristes.

 

 

 

 

 

La maison jaune, en face, en reflets fantaisistes

 

 

Pointe sa note feu dans les eaux de l'aber,

 

 

Et une vieille coque aux allures artistes

 

 

Dresse sa flèche rouge semblable à un amer.

 

 

 

 

 

Les ridules du port miroitent les lumières :

 

 

Les lignes ondulées, les barques, les espars,

 

 

Les façades blanchies, les volets bleus, épars.

 

 

 

 

 

Je peux rester ainsi, seul, des heures entières,

 

 

À regarder le soir qui monte sur les pentes

 

 

Couvertes de granits et fleuries d'agapanthes.

 

 

                        **********

 

 

                     Villerville

 

 

 

 

 

Sur la plage humiliée, des rochers immédiats

 

 

Hérissent leurs reliefs dans la lumière jaune.

 

 

Villerville épuisée, face à la grande zone

 

 

Industrielle et grise, offre ses sables plats.

 

 

 

 

 

Une vague rumeur de moteurs, des éclats

 

 

De rires sauvagins, les appels de la faune

 

 

Fluviatile qui pêche ; et moi, ici, qui trône

 

 

Au beau milieu des blocs. Sur cette mer, les mats

 

 

 

 

 

Ne dressent plus au ciel leurs flèches oscillantes.

 

 

Seules les cheminées s’érigent, indécentes,

 

 

Parmi les réservoirs semés en bubons blancs.

 

 

 

 

 

Tout semble saccagé, dans ce grand paysage,

 

 

Par les crasses, les fers, les goudrons, les ciments.

 

 

Mais c’est beau, malgré tout quand le soleil surnage.

 

 

                        **********

 

 

 

 

 

     Deux mélèzes

 

 

 

 

 

Deux mélèzes se penchent,

 

 

Seuls parmi les sapins,

 

 

Parmi les prairies blanches

 

 

Bordées de noirs fusains.

 

 

 

 

 

Deux mélèzes aux branches

 

 

Dorées dans les matins

 

 

Où les neiges s’épanchent

 

 

En flocons argentins.

 

 

Sur les fonds verts, foncés,

 

 

Que met la sapinière,

 

 

Les deux arbres dressés

 

 

 

 

 

Font une tache claire.

 

 

Ô mélèzes oranges !

 

 

Orfèvreries des anges.

 

 

                        **********

 

 

 

 

 

                La petite fenêtre

 

 

 

La petite fenêtre ouvre sur l’océan

 

 

( Sur la Baie de Bourgneuf, disons, exactement)

 

 

Le Rocher du Pêcheur, le Lion, la Madeleine,

 

 

Les Pères, là-devant, qui affleurent à peine.

 

 

Et puis, à l’horizon, la Bernerie, Pornic,

 

 

La pointe Saint-Gildas, la Baule, le Croisic,

 

 

Saint-Nazaire là-bas et peut-être Guérande

 

 

Lorsque le ciel est pur et que la mer est grande ;

 

 

Les balises aussi : tout près, Marthe-Roger,

 

 

Le phare de Pierre-Moine, à gauche le Pilier.

 

 

 

 

 

Quand, dans les tamaris, le soleil roux s’envole,

 

 

Il paillette les flots de sa lumière folle,

 

 

Et derrière la dune, à l’heure des couchants

 

 

Il enflamme à nouveau les canots bleus et blancs.

 

 

 

 

 

J’ai envie de pleurer devant ce paysage ;

 

 

J’ai envie de t’aimer, fou de rire au passage

 

 

Des mouettes orangées par les feux du soleil,

 

 

Et de mourir peut-être, à fleur de l’essentiel.

 

 

                        **********

 

 


                           Géographie

 

 

 

 

 

Carcassonne est au sud et Dunkerque est au nord.

 

 

Plus haut c’est Knock-le-Zout, plus bas Saint-Jean-Pied-d’-Port .

 

 

Je voudrais sillonner de Strasbourg à Audierne,

 

 

Depuis les bords du Rhin jusqu’au pays Arverne,

 

 

De crêts en pics, en puys, de cluses en abers,

 

 

De gouffres en ballons, de lac en bord de mers…

 

 

De Roumoules à Riez et Saint-Paul-lès-Durance,

 

 

Je voudrais parcourir le beau pays de France.

 

 

Toponyme, hydronyme, oronyme… Quels bonheurs

 

 

Tous ces noms si jolis, si curieux et chanteurs !

 

 

Saint-Jean-les-Deux-Jumeaux, Pellouailles-les-Vignes,

 

 

La Cadière-d’Azur, Cuges-les-Pins, ou Signes…

 

 

Kerguelen et Doëlan en Clohars-Carnoët,

 

 

Locmalo, Inzinzac-Lochrist, ou Le Faouët…

 

 

Et les fleuves aussi ! La Dive, la Béthune,

 

 

La Rivière d’Étel au lever de la lune…

 

 

Et les massifs encore, avec le Mont Aigoual,

 

 

L’Esterel, le Cervin et puis le Grand Signal.

 

 

Je pourrais vous en dire à l’infini sans doute,

 

 

Cueillant toujours les noms tout au long de ma route.

 

 

                        **********

 

 

 

 

 


 

 

 

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Jeudi 8 février 2007
 

 

 

         XII       MERS ET PLAGES

 

 

 

 

 

    Enfants de sable

 

 

 

Il creuse des canaux,

 

Elle explore la plage.

 

Il dresse des châteaux,

 

Elle suit le rivage.

 

 

 

Elle remplit des seaux,

 

Il trouve un coquillage.

 

Elle ouvre des ruisseaux,

 

Il dessine un sillage.

 

 

 

Qu'ils sont doux et jolis

 

Les enfants sur les sables.

 

Leurs corps nus et polis

 

 

 

Aux grâces ineffables

 

Sont mes joies les plus belles,

 

Mes plus précieux modèles.

 

                        **********

 


         La glane

 

 

 

J’ai glané sur la plage

 

Des trucs et des machins

 

Que l’eau, dans son train-train,

 

A laissés au rivage.

 

 

 

J’ai ramassé un bout

 

De bois flotté, un œuf

 

De raie propre et neuf

 

Et luisant comme tout :

 

 

 

C’est un rectangle noir

 

Vide, creux en dedans

 

Et tout gonflé de vent.

 

Quatre filaments noirs

 

 

 

Tirant les quatre coins

 

De ce petit coussin.

 

J’ai ramassé un brin

 

D’algue roulé au loin

 

 

 

Par le vent, un flotteur

 

D’un beau bleu, arraché

 

À son filet, jeté,

 

Abandonné sans pleurs

 


 Par la mer en colère

 

D’être fouillé sans cesse

 

Et qui, blessée, le laisse

 

S’asphyxier en plein air.

 

 

 

J’ai ramassé aussi

 

Un os tout blanc de seiche

 

Comme une vapeur rêche

 

De pierre tendre, et puis

 

 

 

En remontant là-haut

 

Sur la terre habitée,

 

J’ai encore emporté,

 

Sous ma semelle, au chaud,

 

 

 

Des fleurs noires et rondes

 

De goudron de pétrole

 

Parsemant, taches folles

 

La longue laisse blonde.

 

                        **********

 

 

    Chemin de sable

 

 

 

J’ai creusé sur la plage

 

Un long chemin de sable

 

Et j’ai fait défiler

 

Vers mon château,

 

De sable lui aussi,

 

Très haut,

 

Très beau,

 

Des bulots,

 

Des bigorneaux,

 

Des tourteaux,

 

Des ormeaux,

 

Et quelques longs couteaux.

 

Puis, dans la procession,

 

Avec mille précautions,

 

J’ai mis,

 

Aussi,

 

De très jolis poissons,

 

Des coques d’avignon,

 

Puis mille littorines

 

Jaune pâle  et très fines

 

Comme des grains tout ronds,

 

Des étoiles de mer,

 

Des tests piquants d’oursins,

 

Des jolis crabes verts,

 

Et des petits buccins.

 


Alors, l’eau est venue

 

Noyer mon avenue,

 

Et tous se sont enfuis

 

Dans l’océan, sans bruit.

 

                        **********

 

 

 

 

 

                        Le cormoran

 

 

Comme il plonge longtemps, ce cormoran tout gris !

 

Les mouettes, près de là, battent l'eau soleilleuse,

 

Se disputent un poulpe et poussent d'affreux cris.

 

La plus grande repart, triomphante, rieuse.

 

 

 

L'autre, tout gris, tout noir, est donc toujours au fond ?

 

De superbes canards, comme des vaisseaux, sillent

 

La surface bleutée tachée d'un reflet blond.

 

Et des cygnes, plus loin, sur une vague, oscillent.

 

 

 

Mais que fait le plongeur ? Lorsque tout est si beau,

 

Que va-t-il donc chercher, là, sous ce vieux bateau ?

 

On dirait un baigneur, un humain, qui respire

 

 

 

Lorsqu'il reprend son souffle et replonge à côté ;

 

Aussi perdu que moi, opiniâtre à écrire

 

En apnée s'il le faut, sauvagin, entêté !

 

                                **********

 

 

                           La mer

 

 

 

Je peux rester des heures

 

À regarder la mer

 

Et ses vagues qui pleurent

 

Sur mon chagrin amer.

 

 

 

Les giflées d'eau se meurent,

 

Reniflant à revers.

 

Mes yeux muets s'écœurent

 

Recherchant des amers.

 

 

 

Mais la mer est terrible

 

Et, d'un mouvement lent,

 

Elle efface, insensible,

 

 

 

Le vrai et le semblant.

 

Et moi, figé, en larmes,

 

J'y retrouve tes charmes.

 

                        **********

 


 

 

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Jeudi 8 février 2007

 

 

 

  XI          MUSIQUE

 

 

 

            Premiers pianos

 

 

 

Il est des petits airs ânonnés au piano

 

  Qui ont plus d’élégance

 

  Sous les doigts de l’enfance

 

Arpégeant malhabile un refrain de moineau,

 

 

 

Qu’à la main de l’expert gracieuse comme un gant.

 

  Il est des Valses lentes

 

Des pièces débutantes,

 

Sonatine, Rondeau ou Scherzo élégant,

 

 

 

Que j’aime à écouter quand un petit garçon,

 

  Une petite fille,

 

  S’échine, se tortille

 

Sur son haut tabouret. J’ai un petit frisson

 

 

 

À deviner l’enfant, appliqué, attentif,

 

  Montrant ce qu’il sait faire,

 

  L’œil fier, heureux de plaire,

 

La phalange hésitante et le sourire à vif.

 

 

 

Il est des petits airs au piano, envolés,

 

  Qui ont plus d’existence,

 

  De charme, d’éloquence,

 

Quand les anges les jouent pour nos cœurs enjôlés

 

                        **********

 


    Elle jouait Chopin

 

 

 

Elle jouait Chopin ;

 

  J'étais enfant,

 

  Je m'en souviens fort bien.

 

  Le vieux piano d'ébène

 

  Sonnait aux soirs

 

  De toutes les saisons.

 

Les valses nostalgiques

 

Berçaient les douleurs douces

 

De mes rêves, déjà, mélancoliques.

 

Les partitions anciennes

 

Sentaient le bois humide

 

Et le feu dans les cloches

 

Soufflait des tiédeurs fades

 

  Elle jouait Chopin

 

  Sur le grand piano noir

 

  Et moi, crotté de tourbe,

 

  Taché de craie,

 

  Je jouais sur le carrelage,

 

  Heureux sans doute

 

  Du tournis fascinant

 

  Des blanches et des noires.

 

La musique sans cesse

 

Ma retourne aux anciennes années.

 

Je n'en ai de mémoire

 

Qu'en valses fredonnées.

 

                        **********

 


               Petite annonce.

 

 

 

L’annonce proposait un piano d’occasion.

 

J’allai donc, un matin, sans préméditation,

 

Sonner au 22 de la rue des écoles.

 

C’était une villa avec des vignes folles

 

Guirlandant la marquise et ses fers circinés.

 

Des pilastres de bois, vaguement déclinés,

 

Soutenaient un balcon tout fleuri d’œillets noirs,

 

Et les toits de guingois avaient l’air d’entonnoirs.

 

C’est un jeune garçon qui vint ouvrir la porte,

 

Pas un petit enfant, (mais enfin, peu importe !)

 

Il était seul. Il hésita en me voyant

 

Mais il me fit entrer d’un geste bienveillant.

 

Je ne savais quoi dire, interdit, mal à l’aise.

 

« Venez voir au salon. Excusez pour la chaise,

 

Nous n’avons plus le tabouret : il s’est brisé. »

 

C’était un vieux piano plaqué de bois rosé,

 

Marqueté de bouquets. Dessus, une dentelle

 

( Qui fut rouge autrefois ), enlarmée de chandelle,

 

Encombrée d’un fatras de clefs, de diapasons,

 

D’un bout de colophane usée dans sa boîte à cloisons.

 

« Asseyez-vous ! Jouez ! Vous allez voir, il sonne

 

Encore joliment. » Rien ne me désarçonne

 

Plus que de me trouver ainsi intimidé

 

Devant un inconnu. Je me sens tout guindé, 

 

Maladroit. « Voulez-vous être gentil, jeune homme ?

 

Je suis piètre joueur et loin du Prix de Rome !

 

Vous qui êtes pianiste (Oh ! ne le niez pas,

 

Je le vois à vos mains) tirez-moi d’embarras ;

 

Faites-moi le plaisir de jouer quelque chose. »

 

« Vous savez ! Je ne suis pas vraiment virtuose. »

 

Répond l’adolescent. « Mais, si vous y tenez ! »

 

Le soleil s’émiettait dans ses yeux étonnés.

 

Il s’assoit, ouvre en grand un cahier de musique.

 

Il laisse un long silence, impressionnant, statique.

 

Et puis, tout simplement, sur un petit rondeau,

 

Il fait vibrer le cœur et l’âme du piano.

 

Puis vient une romance. Et une valse triste...

 

Moi, j’oublie l’instrument, je regarde l’artiste.

 

Il est jeune, il est beau, et il me fait penser

 

À un ami d’enfance, un enfant du passé.

 

Je me sens tout ému, enchanté, et je tremble

 

Dans ce salon fermé où nous sommes ensemble

 

Pour un instant magique et un peu irréel.

 

Il continue. Il joue. Il n’est pas solennel,

 

Il voit que ça me plaît et commence à sourire.

 

Il me regarde en coin, son regard semble dire :

 

« Il tient assez le coup, n’est-ce pas, mon Steinway ?

 

Vous allez l’acheter ? Dites-moi que c’est vrai ! »

 

Je ne sais plus comment ce sont passées les choses :

 

J’étais séduit, charmé. J’aurais offert des roses

 

Au petit concertiste après cette audition.

 

J’achetai l’instrument, bien sûr, sans condition.

 

Et aujourd’hui encore, aux temps où je pianote,

 

Je m’arrête parfois, enchanté d’une note

 

Qui sonne avec l’éclat de ce fameux matin.

 

Je revois le garçon, son sourire enfantin,

 

Ses yeux d’ange et ses mains longues et caressantes.

 

J’aurais voulu avouer les rêveries cuisantes

 

Que sa joie suscita. J’aurais voulu avoir

 

Son âge pour l’aimer, peut-être l’émouvoir.

 

Mais, de fait, je ne l’ai plus jamais vu paraître.

 

Où a-t-il disparu ? Et qui peut-il bien être ?

 

Alors il ne me reste, au fond, qu’un souvenir :

 

Classiques Favoris pour parfois rajeunir,

 

Et des désirs d’amour qui s’éveillent, s’endorment,

 

Sous les toits gris, usés, infundibuliformes.

 

                        **********

 

 

 

 

             Pierre et le loup

 

 

Tous les chats, vous savez, jouent de la clarinette,

 

Les canards du hautbois, et les loups à la fois

 

De trois cors. Les pinsons de la flûte, et parfois

 

Sur le sol enneigé, ils font des galipettes.

 

 

 

Tous les fusils du monde ont un son de timbales,

 

Tous les petits garçons font chanter leur violon,

 

Et les papys bourrus aggravent leur basson

 

Faisant toujours ronfler leurs siestes vespérales

 

                        **********

 


                La guitare rouge

 

 

 

J'allais, sur mon vélo, les cheveux dénoués.

 

  Il, faisait nuit encore

 

Et toutes les autos, dans leurs flots enroués

 

  Brassaient un fond sonore.

 

 

 

Sur la route, soudain, ( ou plutôt sur le quai :

 

  C'est au bord de la Seine

 

Que commence le rêve ) apparaît un paquet.

 

  Stop ! Ma petite reine

 

 

 

Avait failli rouler sur le fourreau oblong

 

  D'une caisse perdue.

 

J'attrapai, partis, (pas assez vite selon

 

  Une injure éperdue !)

 

 

 

Je m'arrêtai, dessous un porche, un peu plus loin,

 

  Pour ouvrir le bagage,

 

(Déganguant l'instrument en prenant tout le soin

 

  Que, pour un sarcophage,

 

 

 

L'heureux archéologue assure à l'embaumé.)

 

  C'était une Classique,

 

Un format pour enfant dont le bois parfumé

 

  Avait un ton de brique.

 

 

 

J'essayai, sur-le-champ (intimidé pourtant)

 

  La rouge lutherie,

 

Picotant l'Oiseau Noir, pinçant un picking lent,

 

  Seul, sans forfanterie.

 


 Miraculeusement, les notes jaillissaient

 

  Pures et éclatantes,

 

Magiquement guidées. Mes phalanges glissaient

 

  Mille voix rassurantes.

 

 

 

Mon rêve continue. Arrive un grand garçon

 

  (C’était sans doute un ange)

 

Qui portait dans son dos, comme ça, sans façon,

 

  Une guitare étrange

 

 

 

Qu'on eût pris pour une aile en voyant sa blancheur.

 

  « La rouge est à mon frère. »

 

M'expliqua-t-il enfin en ravalant ses pleurs

 

  Dans son âme légère.

 

 

 

Puis, sur son instrument, afin de remercier

 

  Mon heureux sauvetage,

 

Il arpégea soudain un morceau familier,

 

  Joyeux comme un présage.

 

 

 

Oh! Que j'aurais voulu savoir l'accompagner !

 

  Et, (qui le sait ?) peut-être,

 

Avec le petit frère, ensemble nous gagner

 

  Avant de disparaître.

 

                        **********

 

 

 


              Les enfants enchanteurs

 

 

 

Le chœur ensorceleur s'incurve autour du maître ;

 

Des regards giratoires pétillent de fraîcheurs

 

Et le léger roulis des rires enchanteurs

 

Se calme, peu à peu, pour enfin disparaître.

 

 

 

Les visages ouverts, rangés en demi-ronde,

 

Attendent le départ. Le silence est précieux.

 

Puis, d'un geste, un arpège jaillit, délicieux :

 

Un secret de voix d'ange, immense comme une onde.

 

 

 

Les lèvres, d'un seul souffle, acclament la musique ;

 

Les poitrines émues vibrent une harmonique.

 

Et la polyphonie ravit tous les enfants.

 

 

 

Le chœur s'est resserré ainsi qu'une corolle.

 

Ils sont bien. Tous ensemble. Et pas une parole

 

Ne saurait expliquer leurs cœurs nus et chantants.

 

                        **********

 

 

 

    Sac à musique

 

 

 

Dans mon sac à musique,

 

J’ai rangé mon flûtiau,

 

Mes notes harmoniques

 

Et des bouts de piano.

 

 

 

J’ai mis des doubles croches,

 

Des noires, des soupirs,

 

Des claves et des cloches

 

Et la clef du plaisir.

 

 

 

Dans mon sac à chorale,

 

J’ai mille partitions,

 

Des dièses, des cymbales,

 

Et des orchestrations.

 

 

 

J’ai mis aussi ma joie,

 

Les rires de mon cœur,

 

Pour que, toujours, je croie

 

Au concert du bonheur.

 

                        **********

 

 

 

           Mousse et gabier

 

 

 

Il était mousse alors, et moi j'étais gabier.

 

Il soufflait joliment dans une flûte douce ;

 

J'ai gratté ma guitare et l'ai accompagné.

 

Moi, j'étais le gabier, et lui était le mousse.

 

 

 

Nous avons bourlingué, ensemble, en amitié

 

Au pays Bigouden. J'adorais sa frimousse.

 

Il m'écoutait chanter, notant sur son cahier

 

Les mélodies, les mots, puis chantant en rescousse.

 

 

 

Combien de nuit d'été, sur la plage ou au port

 

Sur la toile tendue, sur le canot, sur l'île,

 

Avons nous partagées. Nous parlions de la mort,

 

 

 

De la vie, de l'amour. Il me donnait, tranquille

 

Sa main à caresser. Mon cœur battait, content,

 

Comme une mer qui monte et envahit l'estran.

 

                        **********

 


 

 

                           Altos

 

 

Les longs sanglots

 

Des noirs altos

 

     Sous la lune

 

 

 

Figent mon cœur

 

D’une stupeur

 

     Opportune.

 

 

 

Il suffit quand,

 

L’archet plaquant

 

     Un accord,

 

 

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Par Thierry Prellier - Publié dans : FANTIN
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Jeudi 8 février 2007

  X      CIRQUE

 

 

 

 

 

 

     Trois lutins

 

 

 

Trois fées, trois lutins roses,

 

Trois fillettes aux yeux

 

Pétillants, malicieux

 

Qui sourient et qui posent,

 

 

 

Gymnastes virtuoses,

 

Contorsionnant au mieux

 

Leurs petits corps soyeux,

 

Presque en métamorphose.

 

 

 

Trois petites charmeuses

 

Se pliant, se cambrant,

 

Trois légères danseuses.

 

 

 

Et moi, le cœur courant,

 

Qui rêve d’impossible

 

Et pleure, esprit fusible.

 

                        **********

 

 

                         Nuit Fellinienne

 

 

 

Un cracheur, dans la nuit, souffle ses feux au ciel.

 

Les chapiteaux, plantés sur un terrain trop vague

 

Apparaissent soudain comme un camp démentiel

 

Sous la flamme dorée qui monte et s'extravague.

 

 

 

Une fanfare en rond lance des airs de bal :

 

Les spectateurs affluent. Au milieu des roulottes,

 

Des ferrailles usées, des chars de carnaval,

 

Les enfants, bouche bée, suivent les croque-notes.

 

 

 

Là, sous la toile bleue, on entend le public

 

Qui s'exclame et qui rit. Sur son immense échasse

 

Monsieur Loyal vacille, et soudain tombe à pic

 

Au milieu des jongleurs, dans le dos du Paillasse.

 

 

 

Les masques en lumières hurlent de tout côté ;

 

On applaudit là-haut, l'effort de l'acrobate.

 

Chut ! Une fille clown vient pleurer et chanter

 

Tandis qu'un Arlequin se fige en automate.

 

 

 

Puis la clarinettiste, un peu Gelsomina,

 

Stridule avec éclat des refrains noctambules.

 

Et dans la nuit sans fin, Ma petite Léna,

 

De son pas enfantin, poursuit les funambules.

 

                        **********

 

 

     L’aveu de l’ogre

 

 

Je n’aime pas les mioches !

 

Ou alors bien rôtis,

 

Ceux qu’on met à la broche,

 

Et puis : Bon appétit !

 

 

 

Je n’aime pas les mômes !

 

Ou alors bien hachés,

 

Lorsque la chair embaume

 

La viande du boucher.

 

 

 

Je n’aime pas les gosses !

 

Ou alors bien grillés.

 

Là, je deviens féroce,

 

J’en croque des milliers.

 

 

 

Je n’aime pas les anges,

 

Les bambins, les gamins !

 

Sauf si je les mange

 

Beurrés, dans du bon pain.

 

 

 

Je n’aime pas les mioches !

 

Ou alors bien panés,

 

Qui sentent la brioche.

 

Alors là : Bon dîner !

 

             **********

 


    L’enfant clown

 

 

 

Viens là fillette déguisée,

 

Petite clown apprivoisée.

 

Viens me jouer ton numéro,

 

Ton air de saxo soprano.

 

Viens donc rouler ta galipette

 

Et me donner ton air de fête.

 

Sous ta grimace et ton chapeau,

 

Pour un frisson à fleur de peau,

 

Offre l'éclat de ton sourire

 

Et pleure aussi, dans un fou rire. (…)

 

               **********

 

 

 

Le petit cirque    a planté sa toile

 

Rouge et jaune constellé d'étoiles

 

Le poney et la chèvre savante

 

Cabriol'nt  près de la tente

 

Le tuyau de la roulotte fume

 

Les lumièr's du chapiteau s'allument

 

On entend le son d'une guitare

 

D'un pipeau à l'air bizarre

 

Les rir' d'enfants dans la lumièr' volent

 

La petit' écuyère cabriole

 

Un jongleur fait s'envoler des bulles

 

Dans l'ombrell' du funambule

 

Les bravos et les cris se dispersent

 

Le petit cirque à présent nous berce

 

Gelsomina pleure trompette et chante

 

Seul' dans la nuit émouvante

 

               **********

 


 

 

Par Thierry Prellier - Publié dans : FANTIN
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Jeudi 8 février 2007

 

 

                           IX      RÊVES

 

 

 

          Demain

 

 

Demain, si j’ai le temps,

 

J’irais chez le marchand,

 

Le marchand de couleurs,

 

Le marchand de bon cœur.

 

 

 

Demain, si je me lève,

 

Allant de rêve en rêve,,

 

Je cueillerai les pleurs

 

Des sourires en fleur.

 

 

 

Demain, si il fait beau,

 

Je peindrai un tableau,

 

Un tableau noir d’école,

 

J’écrirai ta parole...

 

 

 

Demain, si je suis gai,

 

J’irai au bout du quai

 

Pour voir si les canots

 

N’ont pas oublié l’eau.

 

 

 

Mais, ce soir, il est tard.

 

Mon âme est au départ.

 

Adieu ! Tous ceux que j’aime ;

 

J’ai fini mon poème.

 

                        **********

 


     La dernière île

 

 

 

Le dernier bateau s'en va

 

L'île voyage

 

Le phar' s'endort

 

La plage nage

 

Encore

 

 

 

Le dernier canot se brise

 

L'île naufrage

 

La grève est grise

 

Seule l'église

 

Surnage

 

 

 

Le dernier refrain se lève

 

Tous les visages

 

Cherchent des rêves

 

La nuit est sage

 

Et brève

 

 

 

Le dernier enfant s'approche

 

Sa voix éclate

 

La vie est proche

 

La pierre plate

 

Ricoche

 

 

 

Le dernier bateau s'en va

 

L'île voyage

 

Le phar' s'endort

 

La plage nage

 

Encore

 

                        **********

 

 

     Petite solitude

 

 

Des matins isolés

 

Pour rêver sans comprendre…

 

Des chagrins étoilés

 

S’endorment sous la cendre.

 

 

 

Les rayons affolés

 

Du soleil ; la filandre

 

Des ciels échevelés…

 

Le monde reste à prendre.

 

 

 

Et, seul, face à la vie,

 

Insulaire de cœur,

 

L’âme pourtant ravie,

 

 

 

Je songe à la douceur

 

D’aller, là-bas, ensemble.

 

Là-bas, où bon te semble.

 

                        **********

 

  

 

      Le passager de nuit

 

 

 

Je voudrais être un ange,

 

Un passager de nuit,

 

Un porteur de lumière,

 

Un souffle, un feu étrange.

 

Et, de mes mille bouches,

 

Je poserais, ensemble,

 

Mille baisers farouches

 

Sur tes pieds, tes cheveux,

 

Sur tes lèvres qui tremblent,

 

Sur tes seins et tes yeux.

 

 

 

Je voudrais être un prince,

 

Un chevalier de rêve,

 

Un héros de roman,

 

Un homme, simplement.

 

Et, de mes mille mains,

 

Je te caresserais

 

De mille feux brûlants

 

Sur ton cœur de satin,

 

Sur la soie de tes reins,

 

Jusqu’où l’âme t’élève.

 

 

Je voudrais être un fou,

 

Un lanceur de parole,

 

Un funambule fier,

 

Un céleste, un frivole.

 

Et, de mes mille voix,

 

Je te ferais rougir

 

De mille mots trop doux

 

Sur tes sourires fols,

 

Sur tes désirs de mer,

 

Tes souvenirs de croix.

 

 

 

Je voudrais être un ours,

 

Un ogre ou un géant,

 

Un monstre carnassier,

 

Un félin dévorant.

 

Et mes mille morsures

 

Riant sur ta peau nue

 

Feraient mille blessures

 

Où je boirais ton sang,

 

Où je me planterais

 

De mille doigts brûlants.

 

 

 

Je voudrais être l’ange,

 

L’ami, le passager,

 

Le porteur de nouvelles,

 

L’amant et le premier.

 

Et, de mes mille étreintes

 

Je te ferais pleurer

 

Mille extases empreintes,

 

Mille cris, mille joies

 

Pour ton premier amour,

 

Ta première louange.

 

                        **********

                   Si je devais partir

 

 

 

Si je devais partir

 

Je n’emporterais

 

Qu’un roman infini,

 

Qu’une musique lente

 

Ne s’achevant jamais :

 

Eternel Da Capo.

 

Je n’emporterais

 

Que mon lit incertain

 

Et tous mes dictionnaires,

 

La panoplie du rêve,

 

Le masque du bonheur

 

Et mon cœur dans un sac.

 

Si je devais partir

 

J’emporterais encore

 

Des enfants éphémères,

 

D’éternelles amours

 

Et de vastes chagrins ;

 

Des photos amassées,

 

Des lettres attachées

 

Et des mots dispersés.

 

J’emporterais toujours

 

Des foulards odorants,

 

Des bijoux très anciens

 

Et puis un tourne-disque

 

Avec un saphir neuf

 

Et un disque tout seul

 

Pour l’écouter sans cesse.

 


J’emporterais, j’emporterais

 

Le souvenir blanchâtre

 

De la lune noyée,

 

Les caresses fidèles

 

Des soleils espérés,

 

Et des petites filles

 

Un peu folles ou fières

 

Et des chansons câlines

 

Et de jolies comptines.

 

J’emporterais enfin

 

Des poèmes à offrir,

 

Des photos familières,

 

Des rêves interdits

 

Et des poignées de sable

 

Et la pluie et l’embrun.

 

                        **********

 

      Festin d’amour

 

 

 

Je te mangerai les yeux

 

  Pour savoir être curieux

 

Je te mangerai les mains

 

  Pour accueillir les humains

 

Je te mangerai le nez

 

  Pour gronder et fulminer

 

Je te mangerai le cou

 

  Pour t’aimer un peu, beaucoup

 

Je te mangerai le cœur

 

  Pour te paraître moqueur.

 

                          **********

 

 

 

          Un objet à emporter

 

 

 

Et toi ? Que prendrais-tu si tu devais partir ?

 

Quel objet très précieux, quelle relique intime,

 

Emporterais-tu, là, dans ce pays ultime

 

D'où aucun voyageur ne pourra revenir ?

 


Des dessins ?

 

Des musiques ?

 

Des parfums ?

 

Des barriques ?

 

 

 

Des portraits ?

 

Des statues ?

 

Des livrets ?

 

Des revues ?

 

 

Des violons ?

 

Des peintures ?

 

Des chatons ?

 

Des fourrures ?

 

 

 

Des photos ?

 

Des nouvelles ?

 

Des fanaux ?

 

Des ficelles ?

 

 

Des bijoux ?

 

Des images ?

 

Des cailloux ?

 

Des messages ?

 

 

 

Des crayons ?

 

Des lumières ?

 

Des rayons ?

 

Des prières ?

 


Dis ? Que prendrais-tu donc afin de divertir

 

Ce long temps de l'exile au profond de l'abîme ?

 

Moi, je n'emporterai que mon seul souvenir,

 

Mes rêves, mes désirs, ma mémoire sublime.

 

                        **********

 

 

 


 

 

Par Thierry Prellier - Publié dans : FANTIN
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